De son véritable nom Morris Holt, Magic Slim est un des derniers grands bluesmen chicagolais, encore actifs. Il est né dans le Mississippi, il y a déjà 75 ans. Sa génération est celle qui a suivi les Muddy Waters, Howlin' Wolf, Willie Dixon et consorts qui fréquentaient le quartier sud de Chicago. Slim s'est révélé dans le Westside, au cœur des années 70. Les autres ténors de ce style répondaient au nom de Luther Allison, Otis Rush, Magic Sam et Buddy Guy. Certains d’entre eux sont encore en vie. En 1968, les Teardrops deviennent le backing group de Magic Slim, un groupe au sein duquel militait son frère Nick Holt, vers la fin des seventies. Et plus exactement à partir de 1978. Son nom était ainsi apparu lors de la sortie du deuxième volume du "Living Chicago blues", chez Alligator! Magic Slim a gravé une quarantaine d’albums, principalement sur le label californien Blind Pig et en Europe pour l’écurie autrichienne Wolf.
Le plus souvent souriant, Slim a un visage buriné. Son blues est authentique, primaire, immédiat et fleure bon le Sud. Ses Teardrops contemporains réunissent le guitariste Jon McDonald, le bassiste Andre Howard et le drummer BJ Jones. Ils ont rejoint leur boss dans le studio Rax Trax de Chicago. Le répertoire est largement emprunté à d'autres artistes, car Slim n'a jamais vraiment eu la plume féconde.
"Bad Boy" ouvre l’elpee. Une compo signée Eddie Taylor. C’était le gratteur en titre de Jimmy Reed, l'une des stars du blues en son temps. Mais Slim s'approprie ce "Bad boy", tant il l’intègre au plus profond de lui-même. Il dialogue en permanence avec les cordes de sa Gibson. Ses Teardrops le talonnent et lui donnent la réplique vocale. Magic Slim, c'est une recette, un style bien personnel. Les plages de cet opus forment d’ailleurs un ensemble bien homogène. Le bassiste André Howard et Magic partagent le chant tout au long de "Someone else is steppin' in", une compo qui rappelle manifestement le célèbre "Sweet home Chicago". Slim passe à la moulinette "I got money", une plage issue de la plume de Detroit Junior, un excellent pianiste chicagolais qui avait débuté sa carrière à Detroit. Imprimée sur un tempo soutenu, cette piste est légèrement teintée de funk. "Sunrise" c'est du Slim au sommet de son art. Issu de sa plume, ce blues basique et sans aucune fioriture est garanti 100% Holt. Il n’y libère les notes nécessaires que selon le feeling de l'instant. Les Teardrops forment un backing group solide. Et "Girl what you want me to do" en est la plus belle illustration. La guitare rythmique, la basse et la batterie forment une assise sans faille pour se mettre au service du boss. Ce dernier a alors le loisir de prendre des billets de sortie, dès qu’il en a l’occasion. "Hard luck blues" est le slow blues de circonstance. Très dépouillé, véhiculant des accents dramatiques, il macère dans le Chicago Westside. Magic appuie sur le champignon pour nous délivrer son "Gambling blues", puis embraie par sa version du "Champagne and reefer" de Muddy Waters. Une adaptation bien agréable de ce blues spécifique à la Cité des vents. La bande des quatre s'amuse et prend son pied tout au long du "How much more lang" de J.B Lenoir. La cover du "Matchbox blues" d’Albert King est fidèle à l’originale. "Country Joyride" achève l’opus, une plage nerveuse comme j’adore…

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