De son véritable nom Rick Bates, Tas Cru, est d'origine canadienne. Québécoise pour être plus précis. Ce jeune artiste a chopé le virus du country blues après avoir quitté la US Navy. Il s'est ensuite fixé à Albany, capitale de l’Etat de New York. Il se produit aussi bien en solitaire qu’en compagnie d’un groupe. Sur les planches, il est même parfois flanqué d’un sextuor. Son pseudo Tas Cru signifie ‘Patate crue’ en québécois (‘Raw potato’, en anglais)! Il compte déjà quatre elpees à son actif : "Biscuit" en 2006, "Gravi-Tas" en 2008, "Grizzle 'n bone" en 2009 et "Jus ' dessert" en 2010. Il est considéré comme un poète du blues. Son écriture est pleine de verve. Il aime dépeindre les aventures banales de la vie, mais de manière très personnelle. Il construit ses propres guitares à l’aide de boîtes de tabac, des instruments baptisés ‘cigarbox guitar’. Pour enregistrer cet elpee, il a reçu le concours d’une section rythmique et de deux claviéristes qui se relaient. Il signe toutes les compos et, sans surprise, assure la production.
Le disque s’ouvre par le titre maître. Et son intro semble émaner du cœur du Delta avant que la compo n’adopte un tempo soutenu. Tous les musiciens se partagent les tâches, Tas Cru s’illustrant par les sonorités métalliques de ses cordes et Tony Perrino se chargeant de l’orgue Hammond. La voix du leader est particulièrement éraillée, mais elle domine l'ensemble. Un souffle d’harmonica fragile, proche d’un John Mayall, introduit "Changin' my ways", avant que l'orgue et la guitare Resonator n’entament un long flirt. Blues lent, "One more time" ne manque pas de charme. Cru chante de sa voix de fausset. Sa passion y est bien contenue. L'orgue de Chip Lamson communique à la plage sa chaleur naturelle, alors que les cordes acoustiques poussent de légers gémissements. "Road to my obsession" est sculpté dans du R&B bien saignant. A moins que ce ne soit du funk. Profondes, les grappes de notes dispensées par la guitare sont manifestement inspirées par Albert King. Et leur flux est inextinguible. "Try, oh I try!" est le fruit d’une rencontre entre blues lent, décontracté, obsessionnel et funk léger, au cours duquel un harmo tente de pointer le bout de son nez. Imprimé sur un mid tempo, "That lovin' thang" est un blues/rock hydraté par l’orgue de Perrino et dynamisé par une slide pétillante. "Every word you say" adopte un rythme plus enlevé. La guitare Resonator amorce "Sure do", une ballade blues roots très cool ; et climat nonchalant envahit également "Story time", une piste illuminée par de très jolies lignes de slide dessinées par un pote vivant également à Albany, Jeremy Walz. Talonnés par les cordes de Jeremy, les accords produits par la cigar box guitar de Cru empruntent le rythme du chemin de fer sur "Heal my misery", une plage lancée à toute vapeur. Morceau final indolent, "Dark side of the mountain" baigne au sein d’un climat sombre, ténébreux, empreint de tristesse, un climat entretenu par l’orgue Hammond et les interventions de gratte dignes de Mark Knopfler. Au cours de cette compo, Cru dialogue à la manière d’un Tom Waits. Et le résultat est à la fois envoûtant et remarquable…

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