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Ben Harper a accompli du chemin, depuis qu’il a publié son premier opus, "Welcome to the cruel world", en 1994. Ce chanteur/auteur/compositeur/guitariste californien s’est ainsi forgé une belle notoriété. D’autant plus qu’il est capable, avec bonheur, de changer de style. Aussi bien le rock, le blues, le jazz, que le reggae ou le folk.

Enregistrée en compagnie de Relentless 7, sa dernière œuvre, "Give till it's gone", remontait à 2011. Pour enregistrer son douzième opus, il a reçu le concours du célèbre Charlie Musselwhite. A l’instar des bluesmen authentiques, ce dernier est issu du Mississippi. Né en 1944, il a passé son enfance et son adolescence à Memphis ; ce qui lui a valu le sobriquet de Memphis Charlie. Il y rencontre Elvis Presley et Jerry Lee Lewis. Mais sa passion, c'est le blues ; aussi il émigre à Chicago où les plus grands lui ouvrent les bras : Muddy Waters, Howlin' Wolf et John Lee Hooker, notamment. Fin des sixties, il s'établit en Californie où il vit d’ailleurs toujours aujourd'hui.

Charlie et Ben se connaissent fort bien depuis la fin des 90s ; mais ils n’avaient pas encore eu l’opportunité de concrétiser une collaboration. C’est chose faite. Pour concocter cet elpee passion, Ben est soutenu par ses musiciens de Relentless7, en l’occurrence le bassiste Jesse Ingalls, le guitariste Jason Mozersky et le drummer Jordan Richardson.

"Don't look twice" ouvre la plaque. Une compo acoustique particulièrement fragile. Ben chante d’un timbre très expressif, avant que Charlie ne vienne tapisser l’arrière-plan de ses interventions plaintives. Les autres musicos font leur apparition, à leur tour. Mais soudainement, Musselwhite déchire, lacère même, l’expression sonore. Un véritable coup de rasoir ! Le tempo s'emballe. Le ton monte, les percussions préludent "I'm in I'm out and I'm gone". Les lyrics ne prêtent pas à sourire. Le vieux souffleur brille de mille feux. Caractérisé par ses claquements de mains, "We can't end this way" baigne dans le gospel. A cause des chœurs qui répondent au chant de Ben. Il en profite pour libérer des sonorités écorchées de bottleneck. Une sacrée dose de rock est injectée à la compo "I don't believe a word you say". Proche de Beck à l’époque du Cream, la voix de Harper est puissante. Les riffs sont percutants. Jesse et Jordan triment à la section rythmique. Une formule reproduite sur "Blood side out". Un peu de quiétude envahit le dépouillé "You found another lover", une piste caractérisée par le chant plaintif, les cordes acoustiques et l’harmo discret. Superbe ballade roots blues, "I ride at down" disserte sur les méfaits causés par les guerres successives. La densité du climat est entretenue par la basse. Le chant est superbe. La slide s’infiltre délicatement, tout en douceur. Le titre maître campe un fort bon blues imprimé sur un mid tempo. Les interventions de basse sont remarquables. Charlie souffle parcimonieusement dans sa musique à bouche. Ben se réserve la slide. Ses incursions sont aussi peu démonstratives, mais empreintes d’une grande sensibilité et judicieuses. Eloquent et efficace, "She got kick" est un excellent blues. Une petite perle qui lorgne quelque peu vers Ike Turner. De toute bonne facture, cet elpee s’achève par le tendre et lumineux "All that matters now". Face au piano, à la guitare et à l’harmo de l'ami Charlie, la voix de Ben est divine. Cet opus est dédié à Solomon Burke et John Lee Hooker. 

 

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