Ce trio belge pratique une musique personnelle, ma foi, fort complexe et exclusivement instrumentale. Elle est le fruit d’un cocktail –en émulsion– de jazz (free, fusion), avant-garde, prog et hard. Le line up réunit Maguire, Michel Delville et Tony Bianco. Les deux premiers se réservent les claviers. Le deuxième les synthés et la guitare. Le troisième, les drums et tout ce qui touche à l’électronique. Avant de publier "Mercy pity peace & love", la formation avait déjà gravé "Never pet a burning dog". Richard Sinclair avait participé à l'enregistrement du premier opus, et manifestement, l'influence du bassiste de Caravan est encore significative aujourd'hui. Ce concept album est tiré de l'œuvre de William Blake, "Songs of innocence and experience"! L'enregistrement a été réalisé en deux séances, à six mois d'intervalle.
Alex Maguire est anglais. Il a été très marqué par l'école de Canterbury (Caravan, Soft Machine, Hatfield and the North), mais s’intéresse également à la musique avant-gardiste. Et tout particulièrement à John Cage ainsi que Howard Riley. Michel Delville est liégeois. Il milite au sein de Wrong Object, un groupe de jazz rock au sein duquel militent également Elton Dean et Harold Beckett. Tony Bianco est new-yorkais. Il est également fort impliqué dans ces milieux de jazz rock expérimental.
La lecture rapide du poème "There's a war goin' on" est accomplie devant un orgue aux sonorités enchanteresses. Néanmoins, on va droit vers une déclaration de guerre. De courts motifs de claviers tournent en boucle sur "Jalal", alors que la guitare réverbérée de Michel s'étire, avant de laisser libre cours aux interventions de piano électrique, puis de revenir enfin toute débridée, dans un style vraiment proche de l'école de Canterbury. La progression instrumentale rencontrée sur "No more quarrel with the devil" évoque King Crimson. Robert Fripp hante les cordes. "Rising upon clouds" trempe dans la musique classique d'avant-garde. Les accords de piano balayés de sonorités électroniques lorgnent vers Cage et Riley! Une reprise sur cet elpee ! Et elle est surprenante. En l’occurrence le "Purple haze" de Jimi Hendrix. Torturée, la guitare vagabonde. Psychotique voire démoniaque, le clavier s’immisce dans l’ensemble. La référence à Hendrix est aussi proche que lointaine… "The invitation" baigne au sein d’un climat dépouillé et empreint de douceur. Notamment à cause de la beauté naturelle des cordes de Delville, mais également des interventions d’orgue de Maguire. Très long, le titre maître s’ouvre dans un climat paisible. Mais après deux bonnes minutes, il est rompu par les roulements de batterie produits par Bianco. L’orgue progresse, il cherche sa voie avant d’émanciper les ivoires qui s’aventurent dans le free jazz, puis de céder le relais à une conjugaison entre claviers et guitare, gratte s’emballe lors de l’assaut final. Autre aventure intense, mais cosmique, "The human abstract" nous entraîne dans un périple imaginaire. De toute bonne facture, "Mercury" s’intègre parfaitement dans le style de l'école de Canterbury. Difficile d’accès, cet opus ne manque pas d’allure. Et il s’achève par "Goodbye my fellow soldier", une dernière longue piste caractérisée par un clavier sidéral, majestueux, et abordée dans l’esprit du krautrock des Tangerine Dream, Popol Vuh, Cluster et consorts…

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