Chevauche ton fier destrier, Ô abscons rebus de l’univers ! Que valsent les variations allotropiques réglées au dixième de seconde sur l’horloge de nos vies flétries.
Reprenez donc une de ces petites pilules colorées.
Non, pas celle là, plutôt celle-ci.
Oups ! Trop tard.
The Growlers s’invite dans les esprits irrigués par le flux morose de l’univers et réinvente les golden sixties pour les régurgiter dans un panache de couleurs.
Fenêtre ouverte sur une quelconque planète baignée d’une aura rosâtre, soleils déclinants sur de bleutées collines aux contours érodés par les vents de l’espace et les soupirs du temps qui passe.
Tel un organe expulsant une longue complainte psychotrope, « Hung At Heart » prend possession de nos sens par des chemins biaisés.
A l’image de la pochette, cette solution sonore ressemble fort, au premier plan, à un fameux bric-à-brac.
Et dans ce bordel, il y a fort à parier qu’il y ait à boire et à fumer.
Quinze titres, dont certains au sens plus qu’incertain (« Salt On A Slug », « Use Me For Your Eggs ») qui redessinent les contours psychédéliques de ce groupe de surfeurs signant ici leur troisième essai.
Le plus abouti, le plus riche aussi.
Sorte de trip à demi-éveillé qui voit s’entrechoquer les petites cuillères flottantes du film Drugstore Cowboy dans la caboche du chat du Cheshire, debout sur une planche flottante, trois pieds (ou trois pattes) au dessus d’une vague de coulis sucré multicolore : cet album régit à sa manière le genre évoqué.
C’est complètement allumé, génialement foutraque et pourtant diablement accrocheur.
Les mélodies adhèrent aux parois cérébrales du subconscient, le tremolo fait mouche, l’écho renvoie dans l’un de ces tubes aqueux s’échouant sur une plage de Californie, et on se sent bien. On se surprend un sourire béat figé au dessous du nez. Les globes oculaires roulant sur des pentes extatiques.
Tout a l’air si simple…
Mais qu’on ne s’y trompe ! Derrière cette aura pailletée se trame une mélancolie qui sans raviver un sentiment de tristesse ou de nostalgie, rappelle néanmoins qu’ici, tout n’est pas rose bonbon.
Donc, point de mièvrerie. Plutôt un carrousel d’images tendres et drôles qui dans la vitesse du mouvement se marient avec bonheur.
On se réveille groggy, la chemise hors du slip, mâchouillant une sandale ou faisant des papouilles au lapin angora.
Et même dans les rares moments de faiblesse, The Growlers nous tient par la main et nous propulse au-delà de l’arc en ciel.
Délesté de toute inutile sensation.
Un jeu kaléidoscopique dans l’optique tronquée d’un prisme scintillant.
Prenez ! C’est de la bonne !
En concert ce vendredi 12 avril chez Madame Moustache (Bruxelles) et le lendemain au Trix (Anvers).

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