Jeff Healey était un remarquable guitariste canadien de blues, rock et jazz. Il vivait à Toronto. Il avait perdu l’usage de la vue, alors qu'il n'avait qu'un an! Il est décédé en 2008, à près de 42 ans. Mi-80’s, il fonde son Jeff Healey Band, en compagnie d’une section rythmique qui lui restera fidèle jusqu'au bout : le bassiste Joe Rockman et le drummer Tom Stephen. Son premier album, étrangement intitulé "See the light", paraît en 1988.
Ce coffret réunit trois CDs, immortalisés ‘live’, en Allemagne, mais accordés à autant d’endroits différents. Un premier pour l’émission Ohne Filter Extra en mai 1989, le second pour Extraspät, en avril 1995 et le dernier à nouveau pour Ohne Filter Extra, en octobre 2000. Un répertoire souvent semblable mais dispensé à quelques années d'intervalle. Ce qui explique son intérêt!
En 1989, il se produit en formule trio. Le premier elpee était paru peu de temps auparavant. Six titres en sont extraits. La plaque s’ouvre par "I'm tore down", un classique de Freddie King. Jeff démontre déjà tout l'étendue de son talent sur ce blues imprimé sur tempo très enlevé. Son approche personnelle des compositions de John Hiatt, "Confidence man" et surtout le sensible "Angel eyes", est étonnante. Il reprend à sa sauce le "When the night comes falling from the sky" de Dylan avant de se calmer pour aborder "River of no return", une plage issue de la plume de Jon et Sally Tiven. Et la guitare s’y autorise quelques dérapages savamment contrôlés. Le "Roadhouse blues" des Doors est rendu à la manière… des Doors. Il termine ce premier chapitre, par "See the light", se permettant même des exercices de style inspirés par Hendrix.
Nous sommes en 1995. Au cours de cette année, il avait gravé "Cover to cover", un long playing consacré à des reprises. Sept pistes figurent au répertoire du concert. Pour la circonstance, il avait recruté un second gratteur : Pat Thrall, un ancien acolyte de Johnny Winter, de James Cotton et du Downchild Blues Band! Parmi les meilleurs moments de ce compact disc, on épinglera le délicieux "Stop breaking down" de Robert Johnson, le blues lent "As the years go passing by", une superbe version, empreinte de sensibilité, le "Yer blues" de John Lennon, caractérisé par ses riffs lourds et ses changements de tempo, mais surtout ses interventions de slide acharnées, infernales. Le "Roadhouse blues" s’étale sur près de 10', alors que la cover du "While my guitar gently weeps" de George Harrison est fantastique…
Fin 2000, il se produit à nouveau sous la forme d’un quatuor. Comme deuxième guitariste, il a choisi le prometteur Philip Sayce, alors sixcordiste pour la chanteuse américaine Melissa Etheridge (NDR : depuis, il a embrassé une carrière en solitaire). Jeff venait de publier "Get me some". Trois morceaux y sont puisés. Soit "Which one", le captivant "Love is the answer" (Neil Young?) et le brillant "Feel better". La voix de Healey est plus éraillée. L'accumulation des tournées explique sans doute ce phénomène. Sa guitare est plus bavarde mais toujours aussi experte. Il restitue toute l’intensité dramatique du célèbre blues lent "How blue can you get", un titre issu du répertoire de BB King. Sayce se réserve le micro tout au long du "Put the shoe on the other foot" d'Albert Collins, un blues lent de bonne facture, qui passe ensuite en mode funky. La troisième mouture d’"Angel eyes" est la meilleure.
Un bel hommage à la mémoire de feu cet artiste attachant!

Nederlands
Français 
