Sur papier, le projet parallèle de Jean Benoît Dunckel et Lou Hayter a de quoi susciter autant de craintes que d'attentes.
Pour rappel, le premier est la moitié du duo Air, tandis que la seconde s'est illustrée jadis au sein de New Young Poney Club (NDR : responsable de deux très recommandables albums entre 2007 et 2010).
Reste que des mariages foireux, on en a connu plus d'un.
Alors quand on y ajoute foison de références littéraires et intellectuelles dans la bio (des Liaisons Dangereuses aux couples de légendes tels Gainsbourg/Bardot en passant par les écrits de JG Ballard ou les délires visuels de David Lynch ou encore l’acuité maligne d'un Man Ray) on aurait tendance à se raidir un tantinet.
Quelques commentaires poussifs parcourus en diagonale encouragent même carrément à la fuite en avant, tout berzingue.
Mais on le sait : la musique et les mots sont deux choses très différentes qui, comme diraient certains, vont très bien ensemble...
Les premières notes de « A Heart That Beats For Me » sont donc celles qui vont éclairer notre route au cœur de la nuit opaque.
Une ondée s'évaporant d'un clavier d'ivoire.
La voix de Lou Hayter qui se répercute en échos diffus comme introduction au futur.
Celui des minutes qui vont se diluer prochainement en compagnie de ses sonorités délicieusement rétro-futuristes.
« Think Of Me » enchaîne donc le périple et nous renvoie en arrière dans cette boucle spatio-temporelle.
Slow sucré et entouré d'une aura de velours légèrement suave.
Un étrange pouvoir de séduction pour une comptine d'apparence si anodine.
Ce qui ne manque pas de faire songer au second degré d'Angelo Badalamenti s'illustrant sur la bande son de ‘Twin Peaks’ (et notamment lors de cet épisode où James Hurley entonnait une mélodie guimauve de sa voix de fausset).
Mais outre cette somme de références plus ou moins difficiles à endosser, c'est surtout le spectre de... Air qui plane sur ces onze titres.
Cette atmosphère palpable et aux contours floutés enrobe agréablement la mélancolie qui transperce chacune de ces chansons.
Même en français dans le texte (« Pleurer Et Chanter »), la dragée fond sous la langue et certaines audaces rythmiques sont du reste du meilleur effet (« So Long My Love » qui lorgne vers Beak).
Bien sûr, on navigue à tout moment au sein d’un univers balisé (« Don't Let Them Bring You Down » tout droit issu de la BO de ‘The Virgin Suicide’)
Mais si la ballade de Lou et Benoît ne défriche pas de nouveaux territoires, loin s'en faut, elle revisite brillamment les routes tracées dans les paysages fantomatiques de nos mémoires imbibées de références littéraires, télévisuelles, cinématographiques et autres.
Bref, une bien agréable virée.

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