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Poor Lazarus

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De son véritable nom Ken Chester Kawashima, Sugar Brown est né de père japonais et de mère coréenne. Ses parents avaient émigré aux USA dans les années 60. Natif de l'Ohio, ce chanteur/compositeur est âgé de 44 ans et vit désormais à Toronto, au Canada. Il a accompli ses études à Chicago et c'est là qu'il découvre le blues, grâce notamment à Taildragger et Willie ‘Big Eyes’ Smith, le dernier batteur de Muddy Waters. C'est d'ailleurs le premier nommé qui va lui souffler son pseudo, dès 1992. Ken décroche ensuite son doctorat et enseigne l'histoire de l'Asie orientale. Ce n’est qu’en 2014 qu’il publie "Sad day", un opus très ancré dans le Chicago blues. Depuis son blues s'est diversifié. Pour concocter "Poor Lazarus", il a reçu le concours d’excellents musiciens dont Bharath Rajakumar, un harmoniciste notoire d’origine indienne qui drive, à Montréal, son Bharath and his Rhythm Four. Cet LP est inspiré par les récents événements à Ferguson, aux USA, lorsqu’un policier blanc a tué un noir. Sugar Brown avait découvert l’existence d’un très ancien blues datant de 1911, "Poor Lazarus", une compo qui racontait justement l'histoire d'un policier qui avait alors abattu un black, répondant au nom de Lazarus. L'histoire se répète.

L'album démarre fort par le "Walkin' with Frankie" du Texan Frankie Lee Sims. Un boogie blues primaire attaqué en format trio. La voix de Brown est assez agressive. Sa guitare très offensive. Art Maky dirige la manœuvre derrière ses fûts. Signé Sugar, "Meet me in the country" est très rythmique, proche de l'une de ses références majeures, Lightnin' Hopkins. Le tempo s’accélère pour "What a comrade left behind", une plage abordée en formule duo. La voix de Sugar est crue. Il joue de sa gratte en rythmique, pendant que Maky dynamise le tout de ses percus. L'étreinte ne se relâche pas. La batterie s’impose sur "Get behind the mule", une compo signée Tom Waits ; mais qui, hantée par le spectre de RL Burnside, semble descendre des collines du Mississippi. C’est ensuite le titre maître. Un événement tragique. Celui dont a été victime "Poor Lazarus". Le climat est angoissant. C’est un cri de colère face à cette injustice ! L'harmonica chromatique de Bharath entretient cette atmosphère sinistre. Remarquable blues indolent, "Blue lights Hooker" est illuminé par l'harmonica de Rajakumar. Et ce n’est pas sans émotion qu’il nous rappelle le grand George Smith. Ken chante en japonais "Tokyo Nagaremono". La musique est presque ‘moriconienne’ et une partie est sifflotée par Brown et son bassiste Joolyah Narveson. Bénéficiant de la participation du souffleur indien, son "Train sixty-four" nous plonge dans l'atmosphère du Chicago blues. "Burn it down" est un exercice de style réminiscent de Jimmy Reed. Et il est parfaitement réussi. Les guitares, dont celle de Bharath assurent le rythme ; et ce dernier cède son harmo à Brown qui souffle dans les aigus. Boogie primaire et rythmique, "Not your backdoor man" lorgne vers John Lee Hooker. Respectueux du blues traditionnel, Sugar Brown conclut par une version dépouillée et lugubre du "Weak brain and narrow mind" de Willie Dixon, une composition peu connue du maître. L'une des meilleures plaques de blues parues en 2015.

 

Informations supplémentaires

  • Band Name: Sugar Brown
  • Genre: Blues/Roots
  • Label Prod: Sugar Brown / Sarah French Publicity
  • Date: 2015-09-04
  • Rating: 5
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