Sean Carney est loin d’être un débutant ; mais qu’il ne nous en veuille pas si on le considère toujours comme une révélation. Et au vu de son parcours opéré au cours de ces dernières années, il mérite assurément ce statut. Etabli à Colombus, dans l'Ohio, ce guitariste a manifestement la classe. Il se produit régulièrement sur le Vieux Continent ; et à chaque périple il élargit son cercle d’amis et d’aficionados. Son dernier elpee, "Life of ease", était paru en 2006. « Provisions » n’est en fait que la réédition d’un opus édité sur Main Street Records. En 1998. Et pour notre plus grand bonheur, il est enrichi de trois bonus tracks datant de la même époque. C’est la raison pour laquelle l'étiquette ‘A second helping’ a été apposée sur le booklet.
"That's better for me" ouvre les hostilités. L’autorité manifestée rappelle le début des fifties. Tout au long de cette plage saturée de swing, Carney chante à la manière d'un shouter. Le piano de John Popovich est omniprésent. Les deux saxophones ne le sont pas moins, même si le ténor d'Eddie Bayard se met davantage en évidence. Le maître arrache de ses cordes un petit bijou de solo. Chanteur local, Willie Pooch interprète "It's my life baby". Sa voix est naturellement puissante et chaleureuse. Les cuivres le suivent à la trace. Invité, Gene Walker brille sur son ténor. Slow blues fin de soirée, "Love is just a gamble" est exécuté en toute humilité sous la formule du quartet. Sean chante et joue à la manière du grand T-Bone Walker. En toile de fond, Popovich tisse discrètement ses accords de piano pendant que la section rythmique, constituée de Keith Koby à la basse acoustique et de David West aux baguettes, balise l’ensemble. Rythme et swing embrasent les Nightowls tout au long du "I believe I'll give it up" de Lowell Fulsom. Mais c’est un trio qui embraie facilement par une version très personnelle du "I'll die tryin'" de JB Lenoir. Un Chicago shuffle impeccable au cours duquel Sean comble tous les espaces de sa guitare bien amplifiée. Carney impressionne lorsqu'il aborde les thèmes lents. Très expressive, sa voix épouse les cordes. Et il y puise une sensibilité qui le hante en permanence, tout au long du "Sweet woman from Maine" de Robert Lockwood. Le merveilleux "True love untold" est chanté par la regrettée Christine Kittrell (NDR : elle nous a quittés en décembre 2001). Sa voix était manifestement taillée pour le blues. Ce morceau démontre la subtile complicité établie entre le piano et le sax ténor de Gene Walker. L’elpee recèle deux instrumentaux. Tout d’abord "The push". Caractérisé par de vifs échanges opérés entre les guitares de Carney et de James Ibold, il autorise l'envol du sax ténor d'Eddie Bayard. Et puis "Ain't that Dandy", signé Clarence Gatemouth Brown, un fragment contaminé par d’indéniables accents jazz. Le jeu de Sean s’y révèle incroyablement complexe et franchement génial ! La palette de blues est très large. On y retrouve ainsi des compos signées Ike Turner, Elmore James, Pee Wee Crayton et Johnny ‘Guitar’ Watson. Livrée à l’état brut, la performance réalisée à la slide par Ray Fuller (NDR : un pote issu également de Colombus à qui Sean a confié la coproduction de cet opus), sur la version du "I'm worried" de James, est remarquable. Ce tracklisting incarnait donc la première mouture de "Provisions", une œuvre dense, parfaitement interprétée par un musicien talentueux ; même s’il n’avait signé aucun des titres. La nouvelle version de l’opus propose trois inédits. D’une qualité identique à l’elpee paru, voici une décennie. "I got news" recèle un des meilleurs envols de Carney. Popovich excelle aux claviers sur l’adaptation d’"It's obdacious" de Buddy Johnson, une plage très jazz. Et en fin de parcours la version du "Good rockin' tonight" de Roy Brown est plutôt saignante. Ce disque constitue manifestement une remarquable performance ; surtout lorsqu’on pense qu'à l'époque, Carney avait à peine 25 ans.

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