Tuomari Nurmio est finlandais. C’est une véritable légende vivante du rock'n'roll dans son pays. Il s'y est d'ailleurs toujours exprimé dans sa langue maternelle. Pourtant, cet universitaire (NDR : il est diplômé de la faculté de droit) a décidé de se mettre à langue de Shakespeare. Histoire de mettre tous les atouts dans son jeu pour obtenir une certaine reconnaissance internationale. Il aurait pu être juge (tuomari en finnois) mais a opté pour les voies musicales. Il a choisi pour adjoint, Markku Hillilä… un médecin! Manifestement, le duo –qui a choisi pour patronyme Judge Bone et Doc Hill– ne manque pas de matière grise. Le bon juge signe l’intégralité de cette "Porte du Grand Ours". Les sessions d’enregistrement se sont déroulées dans le garage du disciple d'Hippocrate. Doc affiche le physique décharné et le regard plutôt énigmatique, un grain de folie attaché aux paupières, il tient ses guitares rageusement près du corps. Il aime le blues, la musique country et le rock. Il emporte le tout dans son laboratoire expérimental avant de le transborder dans son univers déjanté.
Le titre maître ouvre l’elpee. Les accents métalliques de la guitare sont découpés sur le fil du rasoir. La voix semble venir d'outre-tombe. Les percussions se concentrent autour des cordes. Les règles du jeu du blues ont bien changé depuis l’époque au cours de laquelle les sonorités émergeaient des Collines du Nord Mississippi. C'est-à-dire les créateurs du son Fat Possum. Manifestement, c’est le message dispensé par "You hate me and my stepson hat". Le monde est bien cruel et difficile à vivre. Boogie se consumant sur des braises incandescentes, "Do the Hoodang" célèbre une danse macabre. Bone y répète indéfiniment son message de terreur. Plus classique, "Down to the cold cold ground" trace une ligne mélodique qui relève presque d’un monde ordinaire. Il chante nerveusement des lyrics destinés à forcer un passage au creux de nos méninges, ébahies par cette audace. Judge Bone a l'intelligence de varier son répertoire. En solitaire, il est capable de se frotter à du folk blues de bonne facture. A l’instar de "Bonnie George Campbell". "Ramona" baigne au sein d’un climat plus pop, même si l'attaque des cordes se révèle particulièrement nerveuse ou encore sur "Seventeen and in misery", un tantinet plus débridé et nous entraînant à la limite du délire. Et au sein de cet univers un peu fou, le juge semble raffoler des rechutes spectaculaires. Il assène ainsi des riffs menaçants, meurtriers même, à "Buffalo's Bone" ou encore à "Fare thee well". Un combat mené à la manière du Magic Band d'un certain Captain Beefheart, sous son meilleur jour. Deux titres de rockabilly sont susceptibles de perturber les esprits : "15,000 head" et "Train train train". Un peu comme si la magie des studios était parvenu à ressusciter Elvis Presley au cœur du berceau de Fat Possum. L'atterrissage s’opère en douceur. Et nous permet de quitter cette œuvre l’âme en paix. Voire même de célébrer un hymne à la joie : "I let the angels do the dreaming". Si « Big bear's gate » est un opus fort intéressant, il nous permet surtout de découvrir les multiples facettes exaltées et exaltantes du Juge Bone…

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