Boney est issu de Chicago. Du West Side, très exactement. Il y est né voici près d'un demi-siècle! Très tôt contaminé par le virus de la musique, il commence par jouer de la batterie avant de passer à la trompette. Son créneau ? Le funk et le jazz. Et des influences qui oscillent de James Brown à Earth Wind & Fire, en passant par Louis Armstrong. Mais aussi le blues. Et en particulier celui de Buddy Guy et de Junior Wells. Ce sont d’ailleurs des bluesmen qui vont l’engager au sein de leurs bands. En l’occurrence Jimmy Johnson, Smokey Wilson ainsi qu’Albert Collins, lorsqu’il vivait à Los Angeles ; et puis, d’une manière plus conséquente, James Cotton. Ce trompettiste de couleur s’est depuis installé en France où il a monté son groupe : le Bone's Project, une formation constituée de musiciens du terroir, dont sa compagne, Miss Nadège Dumas, une solide saxophoniste.
Pour chauffer l’ambiance, le Bone's Project se frotte au funk. Mais un funk de très bonne facture, qui déménage et vous donne l’envie de remuer. Un funk traversé d’accents jazz, R&B, et de chœurs repris par les musiciens. Une entrée en matière qui suscite la curiosité. Le blues est pourtant bien au programme. A l’instar du tonique et bien rythmé "Don't call me local". Invité, Jean-Jacques Milteau prend un immense plaisir à souffler dans son harmonica, pendant que Jerry Leonide assure le tempo au piano. Le timbre vocal de Boney n'est pas très puissant, mais bigrement harmonieux, et se fond parfaitement dans l’instrumentation. Dans me registre blues, il se révèle précis et subtil. A l’instar du superbe "I wanna get funky". Martha High (NDR : cette ancienne choriste et coiffeuse de James Brown avait commis "Live at Quai du Blues" en 2003) partage les vocaux. Lucky Peterson brille à la six cordes face aux cuivres. Ses soli sont absolument savoureux, lorsqu’il n’en remet pas une couche. "Don't let it get you down" est une ballade judicieusement élaborée. A premier abord paisible, elle monte en puissance lorsque l’ensemble de cuivres et des vocaux revient à la surface. Le résultat est assez impressionnant. Surtout si vous avez l’envie d’étreindre passionnément votre partenaire, sur la piste de danse. Une situation reconduite lors de "Tough pill". Ballade soul, "We play the blues" est soutenue par la section rythmique (NDR : assurée par le bassiste Mike Armgogum et le batteur Kiko Matiolli). Boney peut enfin prendre son envol à la trompette. Et il est remarquable ! Une véritable signature apposée par un véritable seigneur de cet instrument! Les musiciens qui l’accompagnent sont également très talentueux. Et ils le démontrent tout au long du funkysant "Never fall on your face". Olivier Caron y fait exploser son trombone. Hervé Samb se révèle généreux sur les cordes. Mais également inspiré et saignant. Il se montre même très offensif, en l'absence des cuivres, sur "Girl insane". Une intervention largement amplifiée et pas vraiment éloignée d’un Allison au sommet de son art. La machine du Bone's Project tourne à plein régime, lorsqu’elle produit du rythme. Leur R&B est alors dans sa phase la plus intéressante. A l’instar de "Your good thing is about to run out", marqué par le retour de l'ami Lucky Peterson. Soigneusement ciselé, le refrain ne manque pourtant pas de sensibilité. Agiles, félins, les cuivres font monter la pression. Signé Jimmy McCracklin, "I wanna know" est imprimé sur un mid tempo. Un blues qui baigne au sein d’une atmosphère paresseuse et langoureuse. Boney n’a pas volé sa réputation de shouter des cœurs. En observant le graphisme de la pochette, on remarque le sourire des spectateurs ; une attitude qui en dit long sur la qualité de l'ensemble. Mr Fields empoigne une nouvelle fois sa trompette pour opérer une sortie empreinte de charme. Unique plage instrumentale, "Revelation" bénéficie du concours du tromboniste Fred Wesley, un personnage longtemps impliqué au sein du groupe de James Brown. Une compo particulièrement jazzyfiante qui démontre – mais le faut-il encore ? – que la complicité entre musiciens de qualité peut produire des sensations fortes. Cet elpee d’excellente facture s’achève par le "You got to move" de Fred Mc Dowell. L’ambiance roots est entretenue par les voix conjuguées de Boney Peterson, Milteau et… Correy Harris. Elles ne tolèrent que le bottleneck du même Harris et la musique à bouche de Jean-Jacques. Et dans le style c’est vraiment superbe !

Nederlands
Français 
