Conjure Root est un petit label monté par John Williamson. Objectif présenter ses différentes expériences. Flashback ! John vit à Atlanta, en Georgie. Nous sommes en 1993. Il fonde d’abord Crossfire, puis Buick 59, avant de diriger les Southside Jukes en compagnie de l'harmoniciste Joe Lee Bush. Chez Williamson, rien n'est jamais simple ou au contraire, tout est d’une simplicité enfantine. Cet enregistrement n'est pas d’un très grand niveau technique. Il est simplement (!?!?) le fruit de la rencontre entre des musiciens déterminés à recréer des sonorités susceptible de dater d'avant 1940. Des premiers enregistrements occasionnellement électriques. Rien de hi-fi, bien entendu. Pas de performances hors norme. Mais de la sobriété et d'excellentes vibrations.
Ces personnages se sont donné rendez-vous dans un infâme joint du Nord d'Atlanta. Ils entament leur set. Felix Reyes (NDR aujourd’hui il drive encore ses Cats) se réserve la six cordes. Le Dr Mighty Paul Linden (NDR : il a milité au sein du band de Sean Costello) souffle dans son harmonica ou siège derrière le piano. Ron Logsden est préposé aux drums, Matt Sickles à la basse, Eddie Tigner aux ivoires (quand Paul joue de l'harmonica) ; et, enfin, notre serviteur, John Lee cumule le chant et la gratte rythmique. Tigner est pianiste. Il est âgé de plus de 80 balais. Il a sévi au sein des Ink Spots, un groupe vocal de R&B qui s’était illustré par une version originale du classique "Route 66", un morceau qui figure d’ailleurs sur cette plaque. Il s’en était même servi pour intituler son premier opus solo. Un disque paru en 2001, chez Music Maker. Pour la circonstance, il avait reçu la collaboration du groupe Chicken Shack (rien à voir avec le blues band anglais), au sein duquel militait Reyes, Linden, Logsden et Sickles ; mais pas Williamson (NDR : le monde est petit!) Le tout est enregistré ‘Switch blade style’ comme ils le confessent! Pour créer les effets d’une chambre d'écho, ils ont utilisé un bocal rempli d'eau comme filtre. En fait, ils cherchent à restituer le son des premiers disques du label Trumpet, une époque au cours de laquelle le blues n'était encore qu'aux prémisses de sa popularité. Cette session n'a pas bénéficié d’un matos performant ; et, malgré le travail opéré sur les bandes, un souffle permanent altère le confort d’écoute. Ces acteurs de cette rencontre unique ont choisi pour patronyme celui de Mercury Brothers.
Le concert s’ouvre par le "Garden hose boogie" de Paul Linden. Le piano barrelhouse est excellent. Manifestement les musiciens s'amusent. Ils le démontrent notamment sur le saignant "No more doggin'", au cours duquel piano, cordes et voix se mêlent dans une même allégresse. Le piano de Tigner canalise le band vers un blues lent et ensoleillé. Il chante "Help me make it thru the nite", un morceau au cours duquel la guitare de Reyes et l'harmonica de Linden sont bien inspirés. De très bons moments émaillent cette grosse heure de blues d'une autre époque. J’en épinglerai cependant "Lickin' gravy", un slow blues chargé d'émotion. John Lee est aux vocaux, Felix se réserve les cordes et l'harmo de Paul monte dans les aigus. "Wait for me", ensuite. Une plage caractérisée par son dépouillement extrême. "Chop top car", encore. A cause de son swing et de son style inspiré par BB King. Et enfin "Mama stop breakin' down", une compo empreinte d’émotion et de mélancolie…

Nederlands
Français 
