Etabli à Dallas, Richard Chalk avoue une passion pour le blues texan. Il a créé son propre label, Topcat, il y a déjà quelques années. Il a eu la bonne idée de sortir ces bandes tout à fait originales, le témoignage d'un passé que bien peu d'amateurs de blues connaissent. En ce mois de décembre 1985, les Paladins accordent une tournée en compagnie du guitariste Hollywood Fats. Elle durera 2 semaines.
Les Paladins sont nés à San Diego, fin des années 70, sous l’impulsion du chanteur/guitariste Dave Gonzales. A l’époque, on retrouve déjà Thomas Yearsley à la basse et Scott Campbell à la batterie. A l’issue de cette tournée, Fats allait rejoindre les Blasters, et notamment son frère Phil, pour remplacer Dave Alvin. En 1986, Michael Mann nous quittait. Cet extraordinaire musicien avait monté son Hollywood Fats Band ; mais il avait également milité chez le Canned Heat. Il ne redoutait alors qu'un seul gratteur : Junior Watson. Et oui, le monde est petit!
Nous sommes le 19 décembre 85. Au Greenville, Avenue Bar & Grill de Dallas. Ce concert historique n’est pourtant enregistré que sur un petit walkman… Chalk est donc tombé sur cette bande ; et il s’est décarcassé pour la rendre la plus audible possible, avant de nous la restituer. Bien sûr, nous ne sommes pas en présence d’un enregistrement hi-fi ; mais la musique est tout à fait excellente. Comme il la décrit, c’est de l’‘Old school Texas school houserockin' rockabilly meets swingin' west coast jump blues’. Lors de ce concert, Gonzales chante et assure les parties rythmiques de guitare, pendant que Fats se réserve la majeure partie des solos.
Le concert s’ouvre par le "Hideaway" de Freddie King, un instrumental notoire. Les quatre musiciens ont tout le loisir de s'échauffer ; mais on relève déjà un brillant exercice de style exécuté par Fats! Le "She's fine" de Jimmy Reed épouse un style jump californien. L’introduction est percutante et vivifiante. Gonzales est aux vocaux. Sa voix très caractéristique est légèrement brisée. Les interventions de Fats aux cordes sont extraordinaires. En appui, la rythmique de Gonzales est très perceptible. La fête se poursuit par les classique "I tried" et "Lawdy lawdy Miss Mary" de Chuck Willis. Le rythme imprimé par les Paladins est impeccable. Cordes, basse et percussions forment un véritable bloc, sur lequel la guitare de Fats ne cesse de s’élever vers les sommets. Ce musicien était ‘too much’ ! Lorsque Dave s’autorise son petit solo, Fats se charge automatiquement de la rythmique. Plus de six minutes de bonheur intense ! Le tempo s'accélère encore pour aborder "Whole lotta shakin'", du pur rock'n'roll soutenu par la basse acoustique de Yearsley. Fats est à l’avant-plan tout au long de "The groove", un instru issu de sa plume qui porte bien son nom! "Rooster blues" a été écrit par Jerry West. Et il n’y a aucune hésitation possible, ce sont bien les Paladins qui l’interprètent. Ce subtil cocktail de rockabilly et de blues, caractérisé par la présence d’une seconde guitare, libère un groove très particulier. Autre plage instrumentale, "Tear it up" relève de la plume de Fats. L’interprétation est brillante. Le rythme échevelé. Le "That will never do" de Little Milton adopte un profil texan. Un jump shuffle abordé dans l’esprit de Stevie Ray Vaughan, sauf dans le style du gratteur, plus proche ici d'Albert King. Balayée par la voix 'rockab' et ravagée de Gonzales, le "Let's have a party" d'Amos Milburn épouse le style Paladins. L'intérêt ne faiblit jamais lors de ce concert. Et le "Mystery train" de Junior Parker, le "Sidetracked" de Freddie King ainsi que le "Goin' to get my baby" de Jimmy Reed en sont de nouvelles démonstrations. Géant ! Quand on pense que le premier album officiel des Paladins n’a vu le jour que bien plus tard. Plus d’une année ! Eponyme, il avait été édité par le label Wrestler. C'est dire le côté historique de ce présent document.

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