On a beau être fan de Neil Young, il y a des moments où on se demande s’il a encore toute sa tête. Flash-back : à l’issue de l’attentat perpétré le 11 septembre par les intégristes islamistes, Neil avait ouvertement pris parti pour l’administration Bush. Emporté par la spirale propagandiste du président des Etats-Unis et surtout de ses sbires, il avait même déclaré que l’invasion (NDR : la deuxième) des troupes US en Irak était parfaitement justifiée. Dans les années 80, il avait déjà défendu les idées d’une autre dangereuse marionnette : Ronald Reagan. Avant de s’excuser pour sa méprise. L’histoire est un éternel recommencement, puisque le Canadien vient de se rendre compte qu’il s’est encore fourvoyé. Et que GWB et sa bande ont mené l’Amérique en bateau. Voire au bord de la guerre mondiale. Sans oublier de rappeler les multiples dérives de l’infâme personnage qui utilise la religion pour se faire élire ou diviser le peuple tout en négligeant les populations noires, comme celles victimes du désastre qui s’est produit à la Nouvelle Orléans. Nous on veut bien, mais comme dirait Jacques Dutronc après avoir retourné sa veste, le voilà qui retourne son pantalon. Les Etats-Unis auraient besoin d’un leader. Un vrai. Un tatoué ! Et pourquoi pas une femme ou un homme de couleur ? Mieux vaut tard que jamais ; mais il aurait peut-être fallu qu’il explique pourquoi il a diamétralement changé d’avis…
On passe maintenant à l’aspect musical. Et là, c’est une excellente nouvelle. Après le décevant Prairie Wind, commis l’an dernier, Neil en est revenu à l’électricité la plus urgente, la plus vivifiante, la plus rageuse. Et sans son Crazy Horse ! Composé, écrit et enregistré en 9 jours, son 39ème elpee propose une majorité de plages sculptées dans l’électricité la plus blanche, la plus crue. Neil considère même cette musique comme du metal folk ! On n’est ainsi parfois plus très loin du Paisley Underground d’un Steve Wynn. Et il faut remonter à « Mirror ball » (1995), concocté en compagnie des musiciens de Pearl Jam ou « Ragged Glory » pour retrouver une telle débauche d’intensité électrique. D’ailleurs, des compos comme l’hypnotique et vindicatif « The restless consumer » (NDR : digne de « Southern man »), les hymniques « Shock and awe » et « Lookin’ for a leader » (« Rockin’ the free world » ?) ou le ‘dylanesque’ « Flags of freedom » valent leur pesant de bonnes vibrations. La touche d’originalité procède de la présence circonstancielle d’une trompette. Maintenant, tout n’est pas parfait. Parce qu’il y a deux flops magistraux. Deux titres qui prêtent à sourire. Tout d’abord le grotesque « Let’s impeach the president » (NDR : c’était pas destiné à une œuvre caritative ?) qui a réuni plus de 100 musiciens et chanteurs ; et puis le final « America the beautiful », sorte d’éloge grandiloquent de l’Amérique et de ses Américains (NDR : Joyeux Noël !). Drôle d’idée ! Mais il est vrai que le Canada fait également partie du continent américain… N’empêche, nonobstant l’un ou l’autre dérapage, il y a des lustres que le loner ne nous avait plus réservé un opus d’aussi bonne facture…

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