Si éminent autrefois, le blues anglais est aujourd’hui un héritier bien pâle. C’est même un enfant très pauvre, lorsqu’on regarde le statut de son frère aîné, célébré outre-Atlantique. Pourtant, les adeptes du british blues contemporain continuent toujours à y croire. A cet égard, on ne peut que saluer le mérite et surtout la persévérance du label allemand cher à Thomas Ruf. Après avoir révélé, au cours de ces dernières années, Aynsley Lister ainsi que Ian Parker ; et il y a peu, le juvénile Dani Wilde, il vient de dénicher un authentique et réel espoir. En l’occurrence le très jeune Oli Brown. Un chanteur/guitariste/compositeur qui vient à peine de fêter ses 18 ans. Faut dire aussi que le gamin a déjà tapé dans l'oreille de musiciens notoires comme le vieux maître d'école, John Mayall ; mais également le réputé Robben Ford. Ce dernier lui a d’ailleurs confié : ‘You've got it man!’. En outre, Walter Trout reconnaît en être devenu un ‘big fan’.
Fin 2006, Oli monte son trio en compagnie du bassiste Fred Hollis et du batteur Simon Dring. En janvier 2008, il signe son contrat chez Ruf. Et début mars, le combo entre en studio à Leipzig. Oli signe huit des onze plages de ce premier opus. Il a la voix de son âge et de sa musique. Un timbre un peu frêle, qu’il doit forcer régulièrement. Mais il la soutient constamment par sa guitare. D’ailleurs, son jeu de cordes talonne en permanence le chant.
Les deux premières plages, “Psycho” et “Open road”, sont forgées dans un blues funk. La rythmique est impérieuse. “Stone cold (Roxanne)” colle bien au style dépouillé du trio. Il célèbre Roxanne passionnément. Il y injecte autant de sensibilité que Sting dans Police. Et pourtant, il ne parle pas de la même fille. “Can’t get next to you” constitue la première cover de cet elpee. Un tube décroché par les Temptations en 1969. La formation anglaise Savoy Brown en avait réalisé une version, il y a plus de trente ans. Et c’est cette adaptation dont Brown s’est inspiré. Pour la circonstance, il a reçu le concours aux vocaux de ses acolytes et du claviériste Govert Vander Kolm. Du très beau travail ! La reprise du « All the King horses » de Luther Allison épouse un même profil. Van der Kolm est toujours au poste. Mais l’intensité est plus marquée. Brown se libère enfin totalement, démontrant, au passage, sa dextérité sur les cordes. On a encore droit à une autre cover : le “Black betty” de Huddie ‘Lead Belly’ Ledbetter. Une compo écrite voici plus de 70 ans. Et qui a connu plusieurs versions. Ram Jam avait popularisé la sienne en 1977. La nouvelle n’apporte rien de neuf. Ballade séduisante, “Shade of grey” permet à Brown d’étaler sa dextérité jazzyfiante, mais très personnelle. “Missing you” constitue le slow blues rituel. Ce qui ne l’empêche pas de dispenser une énorme dose d’intensité. “New groove” est un shuffle vigoureux ; un morceau au cours duquel notre ami Oli perd un peu ses repères vocaux. Par contre, il manifeste beaucoup plus d’autorité et d’agressivité pour attaquer “Played by the devil” ; une plage dont la vitesse d’exécution rappelle inévitablement Alvin Lee, de la grande époque du Ten Years After. L’album s’achève par “Complicated”. Pas compliqué du tout. Plutôt même banal. Ce qui n’empêche pas d’entrevoir chez ce jeune musicien, une carrière à la hauteur de son talent. D’ailleurs si vous souhaitez en savourer un aperçu, je vous invite à visionner une séquence ‘live’ diffusée par Youtube, au cours de laquelle il soutient John Mayall et donne la réplique à Buddy Witthington…

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