Edwards Williams est peut-être petit par la taille mais grand par le talent. Ce neveu du légendaire J.B Hutto a monté son quartet, il y a plus d'un quart de siècle : les Blues Imperials. Et en ce début du XXIème siècle, il nous propose encore et toujours la crème du Chicago West side blues. A l’instar de son oncle, jadis, son arme la plus redoutable est le bottleneck. Un petit tube en acier qu’il glisse au doigt pour le frotter le long des cordes, afin de produire un son métallique, immédiatement perceptible. Lil' Ed n'a que 31 ans lorsqu'il est repéré par Bruce Iglauer, le patron du célèbre label de Chicago, Alligator. Il l'invite en compagnie de son groupe dans son studio. Il ne leur faudra que trois heures pour immortaliser une trentaine de titres. Bruts de décoffrage. Sans le moindre artifice. Du ‘live’ quoi ! Ces morceaux serviront de base à la confection du premier elpee "Roughhousin". Un disque qui paraît la même année, soit en 1986. Le band accomplit des tournées interminables et réalise deux autres opus avant de décider de se séparer, au cœur des années 90. Ed concocte alors deux albums personnels, flanqué de son ami Dave Weld, chez Earwig. Mais en 1998, il a le blues de son ancien groupe. Et remonte l’équipage. Dans la foulée, il signe un nouveau contrat chez Alligator.
« Full tilt » constitue le cinquième chapitre de cette nouvelle aventure. Pour la circonstance, Lil’ est soutenu par Michael Garrett à la seconde gratte, son frère James ‘Pookie’ Young à la basse et Kelly Littleton à la batterie. Caractéristique du line up : il est multiracial. La majorité du répertoire est cosignée par Ed et son épouse Pamela.
Tonitruante, la slide ouvre le feu sur "Hold that train". Elle libère de bonnes vibrations. Au départ, le chant de Lil’ domine le sujet ; mais rapidement, il cède la place aux cordes explosives et furieuses. Le bottleneck glisse le long du manche et produit déjà une forme d’envoûtement. Lil’ étale tout son savoir-faire sur "Housekeeping job". Ses phrases agressives sont dignes de la palette d'Albert King. Soutenue par les saxophones d'Eddie McKinley et David Basinger, la rythmique s’avère très dansante. La même recette est reproduite pour "Woman, take a bow". Le climat est à nouveau volcanique. Imprimé sur un tempo très rock'n'roll, "Don't call me" est entretenu par le riff slide de circonstance et le piano sautillant de Johnny Iguana. Ed est évidemment capable de changer de registre. Et de s’attaquer au slow blues. Comme sur le brûlant "Check my baby's oil" ou le superbe "Life got in the way". "Love don't live here anymore" évolue naturellement sur un tempo soutenu. La rythmique épouse un profil très Jimmy Reed. Ed accorde au piano de Johnny Iguana et aux cordes de son partenaire Michael Garrett, un billet de sortie. Mais ce dernier se montre sous son meilleur jour sur "My baby moves me". La slide ne tient guère en place tout au long du boogie vivifiant "Candy sweet"! Signé Pookie Young, "Every man needs a good woman" campe un blues lent généreux, dramatique, satirique, mais empreint d’une grande sensibilité. L’orgue Hammond tapisse cette plage au cours de laquelle Ed étale toute la richesse et la puissance de sa voix ; une voix qui vibre et épanche un océan de mélancolie. Pour conclure cet elpee, les Blues Imperials ont décidé de puiser au sein du répertoire de Hound Dog Taylor. Et tout particulièrement en adaptant le redoutable "Take five". Impossible de résister aux fourmis qui démangent tous nos membres. D’autant plus que cette attaque rythmique est implacable. Irrésistible même ! Très directe, cette musique reflète parfaitement la puissance de feu du quartet sur les planches. Il n'y manque que l’aspect visuel. Mais on l’imagine. Parce que l'image du leader est tellement colorée. Il n'hésite jamais à se vêtir de rouge flamboyant. Son crâne est toujours recouvert d'un couvre-chef. De manière, sans doute, à compenser sa taille. Il se produit très souvent chez lui. A Chicago. Au Buddy Guy's Legends. Chez Rosa's, au B.L.U.E.S.

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