Dans les années 60, toute une série de musiciens ont constitué l'ossature musicale du quartier de Northside. Ils marchaient sur les traces des grands de Chicago. Bientôt ils se sont aventurés dans le Southside pour écrire de très bonnes pages de blues. Parmi ces artistes figuraient le Paul Butterfield Blues Band, Mike Bloomfield, Charlie Musselwhite, le Goldberg Miller Band (dont les leaders étaient tout naturellement Barry Goldberg et Steve Miller) et le Siegel Schwall Band. Sans oublier l'Electric Flag de Gravenites, Bloomfield, Goldberg et Buddy Miles.
Comme au bon vieux temps, Nick Gravenites chante son "Born in Chicago", un titre autobiographique notoire qui ouvrait le tout premier album du Paul Butterfield Blues Band, paru au cœur des sixties. Une très bonne version qui bénéficie du concours de Corky Siegel à l'harmonica et de Harvey Mandel à la guitare. Nick a écrit "Buried alive in the blues" pour Janis Joplin. Une compo qui devait être enregistrée le lendemain ; c'est-à-dire le jour de la mort tragique de Janis. Gravenites est un excellent blues songwriter. Il le démontre tout au long de ce titre percutant. Il possède également une voix puissante. La machine est parfaitement huilée : Rick Reed à la basse, Gary Mallabern à batterie et un certain Barry Goldberg aux claviers. Autre artiste chevronnée, Tracy Nelson y excelle aux chœurs. Saviez-vous que Gravenites avait succédé à Janis au chant chez le Big Brother and the Holding Company? Préposée aux vocaux au sein de Mother Earth dans les 60’s, Tracy Nelson possède un timbre extraordinaire, explosif, étonnant, musclé. Il emporte tout sur son passage tout au long de "Walk away". Le Blues Reunion passe à la vitesse supérieure pour "Drinkin' wine". Le tempo redouble de vivacité lorsque Gravenites double aux cordes. Et aucune accalmie à l'horizon lorsque les musiciens s'engouffrent dans le "GM Boogie" (NDR : traduisez « Goldberg Mandel Boogie »), un morceau conduit par la guitare solide, déjantée et largement amplifiée d'Harvey Mandel. Quelque part, il nous rappelle qu'il fut autrefois guitariste chez Canned Heat. Nick chante à nouveau et à la perfection le blues tout au long de "Left handed soul". Opérée dans l’esprit de Bloomfield, l’ouverture de Mandel est royale. Savoureux shuffle, "I'm gonna miss you like the devil" est issu de la plume de Slim Harpo. Tracy chante cette plage caractérisée par de bonnes envolées de Siegel et Mandel. Le "I need all the help I can get" de Delbert McClinton privilégie le funk au blues. Nick empoigne sa guitare rythmique pour entamer une de ses meilleures compositions "The death of Muddy Waters", un morceau écrit en hommage à la grande légende du blues. La voix libère beaucoup d'émotion devant les cris proférés par l'harmo de Corky Siegel. Batteur du Howlin' Wolf Band et du Butterfield Band, le talentueux Sam Lay vient chanter une excellente version du "I've gotta find my baby" de Willie Dixon. Tracy Nelson reprend le rôle aux vocaux pour attaquer son "New truck" ; un fragment très rock'n'roll. Goldberg manifeste beaucoup de verve au piano. Les musiciens prennent leur pied. Soutenu par une bonne partie de guitare réverbérée de Mandel, Corky Siegel interprète de son timbre nasillard le célèbre "I'm a king bee" de Slim Harpo. Un Mandel qui se réserve le seul instrumental : "Snake". Le délire sur les cordes qui en fait sa réputation est intact. En finale, Sam Lay revient chanter "Hound dog" et "Roll over Beethoven" sous la forme d’un medley rock'n'roll. Cette bonne tranche de blues a été immortalisée ‘live’ au Fitzgerald de Berwyn, le 15 octobre 2004. Et on n’est pas au bout de notre bonheur ! Puisque le compact disc est accompagné d’un DVD de plus de 80'. Une plaque qui réunit des interviews de Buddy Guy, de BB King et de quelques autres artistes. Nonobstant les quelques (trop courts) documents d'époque, elle épingle une session du Mike Bloomfield en compagnie de l'Electric Flag, mais aussi du Muddy Waters Band impliquant Junior Wells à l'harmonica. Le Paul Butterfield Blues Band n’a pas été oublié. Et en particulier une photo saisissante du même Butterfield. Imaginez un blanc, seul, au beau milieu d’une foule uniformément noire. Le DVD inclut également quelques unes des plages de l'album ‘live’. On y ressent très bien le plaisir communicatif de ces - désormais - vétérans. L’œuvre est, en outre, enrichie par des notes de pochette détaillées et intéressantes et illustrée par de nombreuses photos dont quelques unes sont particulièrement rares…