Originaire de Dallas, Edwin Holt a passé sa jeunesse à New London dans l'Est du Texas. Agé aujourd’hui de trente-huit ans, ce chanteur blanc roule sa bosse depuis une bonne quinzaine d’années. Ce qui lui a déjà permis de partager la scène avec Bobby Bland et Johnnie Taylor. Mais c’est surtout dans les bars et les juke joints de Memphis qu’il s’est forgé sa réputation ; et notamment en compagnie de James ‘Son’ Thomas et de Willie Foster. Aujourd’hui, il vit à nouveau au Texas, mais à Dallas, où il drive son Conspiracy Band, une formation qui réunit douze musiciens dont certains vétérans du backing band de feu Johnnie Taylor.
« Second time around » constitue enfin son premier album. Edwin possède une superbe voix et il affiche ses dispositions vocales dès "I don't think I'm going to make it". Une composition d'Al TNT Braggs tramée sur quelques notes immaculées de dobro dispensées par David Brashier, avant qu’un big band ne prenne le relais pour tapisser ce joyau sonore. Modulée et expressive, sa voix consomme de la soul à l'état pur. Tendre ballade, "Second time around" est soulignée de chœurs qui épousent délicatement l’organe de l'artiste. Holt est également un harmoniciste accompli. Il souffle sur "Red Clay back road mama" ; certainement la meilleure plage blues de tout l'album. Il y pousse quelque peu ses cordes vocales ; et le résultat est excellent résultat. Pam Williams au piano et Brashier à la guitare nourrissent cette compo inspirée par Jennifer, l'épouse d'Edwin… Signé Percy Mayfield et immortalisé par Ray Charles, "You're in for a big surprise" campe un soul blues lent idéal pour mettre en valeur les cordes vocales d'Edwin. Soul funk très vocal "Black line" est alimenté par un piano électrique ; mais il passe un peu à travers. "Somebody's gettin' it" évolue dans le même registre. Mais manifeste davantage de séduction. A cause de la guitare et des arrangements de cuivres conduits par le trompettiste Big Jack Williams. Les arrangements vocaux et l'orgue de Red Young dominent "Jack about nothin", une plage soul/funk assez nerveuse qui accroche immédiatement l’oreille. Ballade R&B alanguie, entretenue par les cuivres, la guitare et l'orgue, "I want to walk you home" évolue dans un registre proche du son Stax. Holt souffle dans son harmonica pour la deuxième fois lors de "Down to the bone", un excellent bues basique enrichi par cette voix rageuse et lumineuse. Et il est bien dommage que ses interventions sur l’instrument chromatique soient aussi rares, car il s’y montre très talentueux. "The right reverend for the blues" rend hommage au bluesman R.L Griffin, le propriétaire d'un célèbre club de South Dallas : le Blues Palace n°2. Un orgue d’église ouvre cette plage, qui vire progressivement au R&B dansant et contagieux. Un fragment aux accents ‘live’ très prononcés. Holt chante le "Higher's ground" de Stevie Wonder à la manière de… Stevie Wonder. Un titre de soul/funk dont l’interprétation est aussi nerveuse que celle de son auteur. Reprise d'un morceau traditionnel, "One more river to cross" conjugue une multitude de voix, un exercice de style presque gospel opéré face aux claviers et dédié à la mémoire de Ralph Stockes Jr. De bonne facture, cet opus s’adresse cependant à un public averti ; et en particulier aux souls lovers!