A l’âge de douze ans, Paul écoute déjà du blues. Celui des grands. Et en particulier Muddy Waters, Howlin' Wolf et Sonny Boy Williamson. Ce qui explique pourquoi il va opter pour une carrière de chanteur, compositeur et harmoniciste. Au fil du temps, ce Canadien s’est forgé une solide réputation. D’abord chez lui, à Toronto. C’est en 1990, qu’il monte les Sidermen. La formation aligne quatre albums. Le dernier en date, "Rattlebag", remonte à 2001. Il est déjà publié sur Northernblues Music. Un opus qui récolte un certain succès et incite Reddick à entamer une carrière en solitaire. "Villanelle" baigne au sein d’un univers beaucoup plus intimiste. Plus paisible également. Presque proche de la folk music. En 2006, la maison de disques édite "Revue", une compile résumant son œuvre ; mais épinglant également quelques inédits et des raretés.
"Sugar Bird" a une nouvelle fois été mis en forme par son ami Colin Linden. Guitariste canadien notoire, cet artiste partage l'écriture avec Paul. Champêtre, la pochette respire la sérénité. Des colibris ont été dessinés par John James Audubon sur la pochette. Lors des sessions d’enregistrement, Paul a reçu le concours de musiciens affûtés. Linden, bien sûr. Hutch Hutchinson, le bassiste du Bonnie Raitt Band, ainsi que la section rythmique de Blackie & the Rodeo Kings.
L'album nécessité quatre prises différentes. Ce qui explique pourquoi, les quatre tableaux sonores sont bien distincts. Il s'ouvre par "Morning bell", une plage très rurale. Paul se réserve le chant et l'harmonica. Colin la guitare à douze cordes. Garth Hudson, un ex-musicien du Band, l'accordéon. Caractérisés par une bien jolie mélodie, "Wishing song" et "Climbing up the hill" trempent également dans le folk roots. Quoiqu’empreinte de quiétude, "I will vanish" est une ballade instrumentalement complexe. A cause de la richesse des percus dispensées par Gary Craig et Bryan Owings. Paul paraît très décontracté sur son harmo. Ses interventions sont vraiment agréables à écouter. "Devilment" lorgne davantage vers le blues. Les accords ‘baritone’ de Linden sont primaires. Reddick en profite pour opérer une sortie impressionnante. Une véritable claque! Malgré le chant lumineux qui nous parle de ces colibris, oiseaux du paradis, "Blue wings" macère dans un climat plus ‘claustrophobique’. Les instruments communiquent un sentiment de torpeur. Le son de la basse est lugubre. Le banjo de Colin et les cordes de Chris Carmichael entretiennent cette impression. "Every temptation" s'ébroue sur un riff très ‘rollingstonien’. La voix de Reddick est indolente. Pourtant, les cordes de Linden soutiennent le rythme. Ce dernier signe "John Lennon in New Orleans", une superbe compo hantée par le spectre du mythique Liverpuldien. Une ballade empreinte de charme, ‘lennonesque’ (NDR : ce timbre !), soutenue par le piano de John Whynot ainsi qu’une section de quatre cuivres impliquant Darrell Leonard et Joe Sublett. Une section responsable de l’ambiance franchement New Orleans entretenue tout au long de "Later than you think". Le swing est omniprésent. Reddick se prend pour un crooner. Une plage séduisante caractérisée par de nombreux changements de rythme et ponctuée par une bonne sortie de l'harmonica. Blues/jazz imprimé sur un tempo lancinant, "Breathless girls" est chargé de tristesse. Sur ce morceau, le notoire Stephen Hodges est préposé aux ‘tubular bells’. "If by this" constitue la plus longue plage de cet excellent opus. Dominée par les cordes de Carmichael, elle nous entraîne à nouveau dans un climat mêlé de torpeur et de mélancolie. Cet elpee s’achève par un titre de blues fort classique : "Block of wood". Un fragment inspiré du west coast contemporain, au cours duquel la complicité manifestée entre les deux principaux acteurs de l’équipe, Colin Linden et Paul Reddick, est tout à fait admirable.

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