R.L Burnside incarne manifestement le pilier du label Fat Possum. Il est d'ailleurs né dans le Mississippi. Près d’Oxford, à Lafayette County, le berceau du label. En 1926. Comme bien d’autres, il a commencé par travailler dans les champs de coton. Une vie difficile et laborieuse qui va le pousser à émigrer vers le Nord. A Chicago, très exactement. Mais on ne peut pas dire que son séjour dans la Cité des Vents lui apportera reconnaissance et fortune. Au contraire ! En moins d'un mois, son père, son frère et son oncle y sont assassinés. En 1959, il revient dans son Mississippi. Il y fonde une famille, retourne aux champs et se concentre enfin sur son blues. Il faut cependant attendre 1967 pour voir figurer ses premiers enregistrements sur vinyle. Pour la circonstance, ils sont reproduits sur une collection du label Arhoolie. Dans les années 70 et 80, il tourne en compagnie du Sound Machine, un groupe familial au sein duquel on retrouve deux de ses fils et son beau-fils. Au début des nineties, il commet son premier opus pour Fat Possum : "Too bad Jim". Un disque dont les échos parviennent à Jon Spencer. Flanqué du Blues Explosion", le duo enregistre "A ass pocket of whiskey". La réputation de R.L Burnside commence alors à dépasser les frontières du Nord du Mississippi… Depuis, cet artiste a tourné dans le monde entier et enregistré quelques albums : "Mr Wizard" en 97, "Come on in" (NDR : un remix !) en 98, et l’excellent opus ‘live’ en 2001 : "Burnside on Burnside".
"A bothered mind" nous replonge à l'époque de "Come on in". Un disque particulier, puisqu’il semble réunir des extraits de différentes sessions. Il s'ouvre par une intro ‘live’ d’une dizaine de secondes du "Detroit boogie part 1". Une version très électrique impliquant des samples. Cette intro se fond dans une plage bien plus intéressante : "See what by Buddy done". La superbe voix de R.L est chaude et grave. Kenny Brown se réserve la guitare et Cedric Burnside (NDR : le petit-fils !) les drums. L’esprit de John Lee Hooker n’est pas très loin. "Shake 'em on down" affiche l'autre facette de R.L. Plus audacieuse, elle est sans doute voulue par Fat Possum. Le son est entièrement trafiqué. Il mêle électronique et blues. Mais le traitement administré au blues me rend très sceptique. Et en particulier les scratches de Mike E. Clark dispensés devant la merveilleuse slide de Kenny Brown. Mais qu’est-il arrivé au blues de l'homme de Holly Springs ? R.L commence par donner de la voix, avant de céder rapidement le relais à Lyrics Born. Le chanteur de hip hop se réserve tout le volet instrumental, alors que T. Shimura se charge des arrangements et de la production. Et le bouchon est poussé encore plus loin sur "My name is Robert too". Kid Rock (de Blockbuster) est au chant. Mais si l’effet demeure très rock, on a ici droit à une nouvelle dose de scratches. Lyrics Born refait surface pour "Someday baby". Un fragment bien fichu ne manquant pas d’entrain, mais qui maintient dans l'ombre Burnside en laissant au soleil le seul Born. La guitare et les percus de Tino Gross viennent sculpter le "Go to jail" de notre bon vieux bluesman. Quel soulagement et quel bonheur de pouvoir enfin écouter R.L interprétant "Bird without a feather". Extrait d’un enregistrement de George Mitchell commis en 1968, ce fragment est d’une grande pureté sonore. Mais la pause est de courte durée. Longue plage, "Glory be" opère une fusion entre le blues pur et la technologie contemporaine. Y compris les rythmes. R.L est ici entouré de Cedric, Kenny, Tino Gross, Mike Smith ainsi que Jimmy Bones aux claviers. Et cette formule est pratiquement reconduite jusque la fin de l’opus ; une formule qui recèle cependant de bons moments. Et je pense tout particulièrement à "Goin' away baby". Imprimé sur un rythme hypnotique, il permet à la guitare de Kenny Olson de se libérer. "Rollin' and tumblin" respecte les principes fondamentaux du bues. La slide de Brown se détache. La section rythmique en impose par sa puissance ; une puissance née de la présence des deux batteries que se réservent Cedric Burnside et Tino Gross. L’expression sonore s’élève et s'amplifie tout au long de "Stole my check". Nous y entendons distinctement le piano et l'harmonica de Bones, le saxophone de John Evans et la slide de Brown. Cet album déroutant s’achève comme il avait commencé : le "Detroit boogie part 2". Un fragment terriblement électrique entretenu par les guitares de Mike Smith et de Kenny Olson. Etrange, moderniste, cet elpee a probablement le tort de naviguer très (trop) loin le blues. Je vous conseille donc de l’écouter avant de l'adopter!