Ernest Lane est né en 1931. A Clarksdale, dans le Mississippi. Son père jouait du ‘barrelhouse piano’ et fréquentait un certain Pinetop Perkins. Ike Turner était un de ses amis de jeunesse. A 17 ans, il rencontre le mythique Robert Nighthawk et le suit à Chicago. Ce qui lui permet d’entrer aux studios de Chess Records. Il enregistre ensuite en compagnie du chanteur/guitariste Houston Stackhouse, avant de commettre deux titres pour Modern Records, sous son patronyme. Il fonde alors son groupe qui se fixe à Little Rock, en Arkansas, avant d'émigrer vers Los Angeles où il vit toujours aujourd'hui. Au début des années 60, son vieil ami Ike Turner le recrute pour faire partie du Ike and Tina Turner Revue. Mais lorsqu'il quitte l’ensemble, il emmène avec lui la plupart des autres musiciens. Ils deviennent alors les Goodtimers qui assurent régulièrement le backing du groupe pop, les Monkees. Il participe aussi, à l'époque, à la confection de trois albums de Canned Heat : "Hallelujah" en 68, "Future blues" en 70 et "Historical figures and Ancient heads" en 72. Mais le monde de la musique ne lui botte plus trop ; et il préfère prendre du recul ne jouant alors plus que pour le plaisir. Il embrasse alors la profession de vendeur de voitures, puis de transporteur routier. Christian Rannenberg (NDR : un pianiste allemand talentueux) retrouve sa trace et le convainc d’enregistrer ce premier opus. Un disque qu'il produit également.
L'album s’ouvre par "Blue and lonesome", un excellent downhome blues écrit par Memphis Slim. Ernest siège derrière le piano. Il joue sereinement et en toute décontraction, tout en chantant de son timbre bien prononcé. Une excellente entrée en matière ! Le rythme s'accélère dès "I'll be watching you". Les cuivres annoncent un R&B entraînant. La guitare s'évade timidement. Le piano règne en maître sur cette plage imprimée sur un rythme boogie woogie. L'album alterne les tempos. Le titre maître trempe dans un slow blues chaleureux. Autre boogie woogie vigoureux, "What's wrong, baby" met en exergue le sax ténor de Leo Dombecki. Ce duo ne manque pas d’allure et remet le couvert sur un nouveau blues lent intitulé "What I saw". Boogie instrumental, "Lane shuffle" démontre la technique et le feeling du musicien! "What kind of love" est une plage funky soutenue par une bonne section rythmique : Rick Jones à la basse et James Gadson aux drums. Big Jay McNeely y dispense un excellent solo de sax ténor. Il interprète alors un blues fin de soirée, qu'il a écrit en compagnie de Percy Mayfield. Il y chante d'une voix forte, proche de celle de Memphis Slim. Ernest brille de mille feux quand il s'attaque au swing blues. Et en particulier tout au long de la reprise de "Just like a woman". Un fragment qui bénéficie du concours des cordes de Steve Gannon ainsi que des cuivres de Mack Johnson et Derrick Edmonson. Autre blues lent, "Feelin' kind of lonely" permet à son guitariste Wali Ali de tirer son épingle du jeu. Un exercice de style qu’il accomplit avec beaucoup de subtilité tout en manifestant une approche jazzy. Cet excellent album s’achève par "Boogie in' at Leon's Place", un dernier boogie woogie instrumental...