Bill Perry nous vient de l'état de New York. De Rochester très exactement. Son premier album, "Love scars", est paru en 96. Réédité par Pointblank (Virgin), ce disque a alors bénéficié d’une campagne de promotion. Dans la foulée il a commis "Greycourt lightning" en 1998 (NDR : toujours chez Pointblank), "High Octane" (NDR : pour Car Wash) en 99 (NDR : une prise ‘live’ immortalisée au célèbre club new-yorkais Manny's Car Wash), et puis plus récemment "Fire it up" en 2001 ainsi que "Crazy kind of life" en 2002. Deux elpees qui relèvent déjà de Blind Pig.
Bill est un musicien très électrique. Le son de ses compos est toujours largement amplifié. Il possède une voix grave, très chaude. Il ouvre l’opus par son "Bluesman". Le son est bien gras. Constituée de John Redden à la guitare rythmique, de Tim Tindall à la basse et de Rob Curtis aux drums, la section rythmique talonne son leader. Sa voix puissante mais ravagée me fait souvent penser à celle de Billy Gibbons du ZZ Top. Boogie plombé, "Big ass green man" évolue dans un registre proche du trio texan. Et en particulier le solo que Bill emprunte largement à Gibbons. Perry ne fait pas dans la dentelle. Toujours aussi pesant, "Harlem child" agresse par ses changements de rythme. Bill chante de son timbre proche et chaleureux "Live on", dans un style très Memphis Stax R&B. L'orgue Hammond de Dave Keyes (NDR : un claviériste notoire issu de New York) n’y est sans doute pas pour rien. Le solo sur les cordes est mesuré mais efficace. A la guitare, Perry est capable de se révéler bien plus aventureux ; mais alors il évolue dans un univers rock, bien loin des racines du blues. Et je pense tout particulièrement à "Another man" ou encore à l’excellente composition "Terrorists", théâtre d'une sortie sans faille. Cet adepte du jeu dur interprète sobrement "Going down to Memphis", un fragment inspiré par le blues du Delta. En cours de route, il est rejoint par un autre guitariste : Popa Chubby. Ce personnage qui jouit d’une énorme réputation à New York, s’est également chargé de la production de l’elpee. Dave Keyes revient siéger derrière l'orgue Hammond pour la cover du "Til the money runs out" de Tom Waits. Il apporte à cette reprise une légère touche empruntée à Santana. Probablement la meilleure plage de la plaque ! Popa revient pour attaquer son "Paper dragons", histoire d'affronter Bill dans un duel de cordes. Mais le résultat n’a guère de relief. Bonne composition, "Man on the side" est derechef taillée dans le rock. L'album s’achève par une version du "Gotta serve somebody" de Bob Dylan. Imprimée sur un tempo paresseux et soutenue par les choeurs de Popa Chubby et de son égérie Galea, cette chanson colle bien à la voix de Perry.