A travers ce "Tribute", ce bluesman rend "Hommage" aux artistes qu’il préfère et aux influences qu’il considère comme majeures. Agé de 53 ans, ce chanteur guitariste texan (NDR : Fort Worth, Dallas), n’est pas un illustre inconnu, puisqu’au début des seventies, il avait déjà accompagné Sam & Dave, Ben E. King et Johnnie Taylor, lors de leurs périples en Europe. Il comptait deux albums à son actif : "Born with the blues", paru chez Hardtop en 1995, et "Somethin' gotta change", déjà pour Topcat en 1999.
A l’origine, ce projet devait uniquement rendre un hommage à Elmore James ; mais au fil du temps, il s’est étoffé. Parce que s’il honore certains grands bluesmen, Kenny affiche sa personnalité, en composant une bonne partie de son répertoire. Pour la circonstance il a reçu le concours de quelques musiciens. Et en particulier Doug Swaney aux drums, John Garza à la basse et Ron Jones aux saxophones. Mais également de Barry Seelen, préposé au piano et à l’orgue Hammond B3.
En ouverture, "Tall drink" nous plonge dans le monde du Texas. Une composition qui libère une bonne dose de groove. La section rythmique est efficace. L'orgue Hammond discret. Des conditions idéales pour permettre à Kenny une première sortie sur les cordes. Réminiscent de Jimmy Vaughan, le solo est bien ficelé, bourré de feeling, sans une note de trop. A cet instant, difficile d’imaginer que l'artiste favori de Kenny est le grand Elmore James. Il reprend pourtant trois titres de son répertoire. En passant ainsi dans le Chicago Southside pour un très correct "My kinda woman". Sans même glisser le moindre bottleneck au doigt. Comme pour nous narguer, il empoigne sa slide et chante son bien nerveux "Highway angel". Il conserve tout de même la slide pour exécuter "Shake your moneymaker" et "She done moved". Kenny aime varier de registre. Ballade soul accrocheuse, "Same old news" navigue sur les flots de l'orgue Hammond. Une compo écrite par un artiste local, Arturo Taddu, aujourd'hui disparu. Ballade très lente, abordée dans le pur esprit Memphis R&B de chez Stax, l’excellent "Love don't last" semble si proche d'Otis Redding. Et ce même traitement administré à "You took me in" est aussi réussi. L’opus recèle quelques reprises d'artistes notoires ; et je pense tout particulièrement à "Travelin' blues" de T-Bone Walker, "T.V Mama" de Big Joe Turner et "The letter" de BB King. Responsable d’un excellent album de Texas roadhouse blues, Kenny Traylor est un artiste à suivre de près…