Agé de 51 ans, Eugene Davis Taylor J est né au Texas. A Fort Worth très exactement. Paradoxalement, c'est en séjournant sur la côte Ouest qu'il va choper le virus de musicien. Il y fait la connaissance de James Harman. Les deux musiciens décident alors de partager leur passion en se produisant en duo. Une passion qu’ils vont entretenir très régulièrement, au cours des trente dernières années. Gene a également transité chez les Hawks de Ronnie Hawkins, tourné en compagnie de Canned Heat, puis rejoint les Blasters des frères Dave et Phil Alvin, en 1980. Son premier album solo, "Handmade", est paru en 1986, chez Spindletop. Depuis, il s’est consacré essentiellement à la confection des albums de James Harman et surtout de Kim Wilson flanqué des Fabulous Thunderbirds, en compagnie desquels il se produit depuis une dizaine d'années.
Basé désormais à Austin, au Texas, Gene Taylor est donc revenu à Los Angeles pour enregistrer son second album solo. Produit par Jerry Hall, cet elpee a bénéficié du concours de Dave Carroll à la batterie et du bassiste Bill Bateman, musicien avec lequel il a été dans tous le bons coups au sein des Blasters, au cours des dernières années. Sans oublier, James Harman qui se réserve, pour la circonstance, l'harmonica. Gene est un musicien complet. Un des rares capable de jouer le blues, le rock'n'roll et le boogie woogie, avec le même bonheur. Il rend ici un hommage aux pionniers du boogie woogie.
L’album s’ouvre par le "Pinetop's boogie woogie" de Clarence Smith. Et embraie par "Pete's thing", dont l’arrangement relève d’un thème de Pete Johnson, avant de se lancer dans le "Honky-Tonk train blues" de Meade Lux Lewis. Gene Taylor chante très bien le blues. Il en fait la plus belle démonstration tout au long de "Sugar Bee". Une leçon lumineuse de piano blues ; et puis sur le "Six weeks old blues" de Peetie Wheatstraw. L’opus peut également nous plonger dans l’univers de la Louisiane. Celui de la Nouvelle Orléans, en particulier. A l’instar de la reprise du "Mississippi heavy water blues" de Barbecue Bob, un bluesman légendaire décédé à l’âge de 29 ans en ...1931. L’harmonica de James y est très présent. Nous ne quittons pas la Louisiane, mais dans un registre différent, pour la reprise du "Yaya" de Lee Dorsey. Gene est passé, cette fois, à l'orgue. Une formule qui ne fonctionne pas trop mal, il faut l’avouer. Il intègre parfaitement les différents styles de piano. Et en particulier celui de Baby Boy Warren, le pianiste de Detroit, sur "Santa Fe", un fragment qu’il chante remarquablement. Ce morceau constitue, sans aucun doute, un des sommets de cet album ! Tout comme son "This world". Une plage aux accents plus modernes, opérant une symbiose entre le piano et 'harmonica. Cette longue amitié atteint son paroxysme sur "The loser and the wheel", que les deux hommes ont écrit ensemble. James Harman chante d'un voix si présente. Un excellent album qui s’achève par un cri de désarroi : "Is there peace?".