Greg Taylor est originaire de Wichita, dans le Kansas. Fasciné dès don plus jeune âge par le blues, il découvre d'abord Muddy Waters, Little Walter, Elmore James et puis aussi John Mayall ainsi que Paul Butterfield. Son surnom de ‘Fingers’, il le forge en jouant des claviers. Il émigre alors à Jackson, dans le Mississippi, où il fréquente l'université d'état. C'est à cette époque qu’il opte pour l'harmonica. Il écoute alors beaucoup Big Walter Horton, Jerry McCain et Papa George Lightfoot. En 1971, il fait la connaissance du chanteur de pop R&B, Jimmy Buffett, en compagnie duquel il formera plus tard le Coral Reefer Band. A Key West, en Floride. Au sein de ce groupe, il aurait enregistré la bagatelle de 25 albums ! Il commet son premier elpee en solitaire dès 1989 : "Chest pains". Il y reçoit le concours d’Anson Funderburgh et de Steve Cropper. Mais sa carrière solo n’a véritablement démarré qu’en 1990 ; une carrière illustrée par cinq albums : "New fingerprints" en 92 (chez Appaloosa), "Old rock'n'roller" (Ripete) et "Harpoon man" (Appaloosa) en 96, "Hotels maids, highways & honkytonks" en 98 ainsi que "Back to the blues" en 2000 (tous deux pour Migration Music).
Dès l'ouverture ("Hi Fi Baby"), le ton est donné. Kim Wilson a assuré la production et cela s'entend de suite. Le son est volontairement primaire, poisseux, extrêmement sale. Minimaliste mais terriblement efficace, la section rythmique est constituée de Jon Rossà la basse et de Richard Innes, le vétéran du Hollywood Fats Band, aux drums. Kim est parvenu à communiquer une sensibilité immédiate à l'harmonia. Greg en est tout émoustillé. Il souffle comme si sa vie en dépendait. En puissance et avec swing. Dommage qu'il ne chante pas très bien. Signé Frankie Lee Sims, "Hey little girl" déménage irrésistiblement. Bien en rythme, "Old 98 blues" déborde d’énergie. La machine emporte tout sur son passage. Kim en est ravi et empoigne son harmonica pour talonner les vocaux de Fingers sur un brillant "Whisper". Une plage composée par un des deux guitaristes : Doug Deming, le gratteur des Jewel Tones de Detroit. Alors que Mark Stevens, l'actuel claviériste de Roomful of Blues, s'est assis derrière l'orgue Hammond B3, Wilson s’autorise une de ces envolées dont il seul a en avoir le secret. Un alliage de puissance, de qualité et de naturel. "I want my Fleetwood back" opère un vif retour sur la route. Mais pour la circonstance, en Cadillac. Les guitares rugissent. Le jeune protégé de Kim, Troy Gonea, parvient à tirer un son pas possible de ses cordes. Le merveilleux "Sleeping in my ground" de Sam Myers marque une pause très roots. Un fragment superbement rendu par Fingers Taylor qui souffle avec bonheur dans les aigus sur son harmo diatonique. "Angel child" nous embarque dans la Boogie music. Mark Stevens est passé au piano. Les sorties de Greg à l’harmo et de Gonea, le jeune prodige de 26 ans, à la guitare sont brillantes. Il n’est pas étonnant de retrouver sur ce disque, une reprise d'Elmore James. En l’occurrence "Fine little Mama", avec piano et slide. Quand il reprend son "Cutie named Judy", Fingers rend hommage à un de ses favoris : Jerry McCain. Il souffle comme un dieu même si son chant est toujours aussi faible. "If ain't easy" marque une deuxième pause roots. Un titre que Kim Wilson a composé. Très inspiré par le Delta du Mississippi, il y joue aussi de la guitare et de l'harmo. Ce superbe album s’achève dans le boogie et le rock'n'roll, par la reprise de "Two times Nine" d'Eddie Clearwater". Greg Taylor tourne actuellement en compagnie de Doug Deming & the Jewel Tones. Alors ne les manquez surtout pas, lorsqu’ils traverseront l'Atlantique.