En 2007, cette jeune formation issue du Nord-Ouest des States avait concocté un premier opus particulièrement séduisant. Intitulé "Left Coast blues", il avait été enregistré dans le living room du bassiste Dean Mueller. A cause de ce disque, le combo avait même décroché une nomination de ‘Best new artist debut’ aux Blues Music Awards, l’année suivante. Depuis, les Insomniacs colportent leur West Coast blues sur les routes des USA. Et à une cadence soutenue. En octobre dernier, ils se sont quand même décidés à passer deux jours en studio. A Brubank, très exactement. Ils vont ainsi mettre en boîte le deuxième chapitre de leur discographie.
Le leader du combo est incontestablement Vyasa Dodson. Chanteur guitariste et compositeur, il est à peine âgé de 27 ans. Le line up est complété par le bassiste Dean Mueller, le drummer Dave Meyan et le claviériste Alex Shakeri. Et le résultat est à la hauteur de nos espérances. Un opus plus fouillé, varié, conséquent, dont les sessions d’enregistrement ont été rehaussées par la présence de quelques invités de marque.
Outre leurs compos personnelles, les Insomniacs proposent quelques covers. Des choix particulièrement judicieux. Et en particulier les trois premières plages de l’elpee. Tout d’abord une version tonique du "Lonesome" de Memphis Slim, traitée dans un style jump au punch tonique. Vyasa y chante d’un timbre juvénile, mais harmonieux et impeccable. Il décoche un solo à rendre jaloux Junior Watson (NDR : il signe les notes de pochette). Invité notoire, Al Blake se déchaîne à son tour sur l'harmonica. L’ancien membre du Hollywood Fats Band a répondu favorablement à l’invitation du groupe ; et pour cause ce sont des fans invétérés du Fats Band. Le "Broke and lonely" de Johnny ‘Guitar’ nous plonge dans un univers très différent. Proche de la country. A cause de la présence de Joel Patterson à la pedal steel, un personnage qui côtoie régulièrement Carl Sonny Leyland. Responsable de sonorités métalliques sur ses ivoires, Shakeri est intenable. "Directly from my heart to you" est un blues issu de la plume du maître du rock'n'roll : Little Richard. Pour la circonstance, les Insomniacs bénéficient de la participation de Jeff Turmes, aux saxophones ténor et baryton. Un maître dans le style. A cet instant, la densité sonore est à son paroxysme. L’elpee recèle deux excellents longs slows blues. Tout d’abord "Hoodoo man blues", une magistrale reprise du classique de Junior Wells. Cette cover nous entraîne au cœur du Chicago southside, un périple au cours duquel Mitch Kashmar nous réserve une intervention magistrale à l'harmonica. Et puis le "Description blues" de John Willie Henry. Nappé par les sonorités particulièrement agréables et subtiles de l’orgue à la Jimmy Smith, cette compo se complaît dans une certaine douceur. Dernière cover, "Baby don't do it" est signé Lowman Pauling, une chanson qui avait décroché un n°1 en 1953 au sein du groupe de R&B, The Five Royales. On a l’impression que ce morceau sort tout droit d’un jukebox de l'époque ; mais la nouvelle version est tout à fait convaincante.
On en vient donc au répertoire de Mr Dodson. "Maybe sometime later" est imprimé sur un tempo R&B ; une compo illuminée par une sortie sur les cordes digne d’un Jimmie Vaughan au sommet de son art. Le gamin jouit d’un talent à l’état pur, un talent susceptible de faire pâlir bon nombre de musiciens confirmés. Le titre maître est soutenu par des vocaux généreux. Le sax ténor de Turmes balaie le décor. Parcimonieuse, la guitare libère des sonorités sidérantes. Et la section rythmique porte l’ensemble. Plage instrumentale, "Root beer float" est imprimée sur un tempo boogie rigoureux. Le piano trace allègrement tandis que la guitare virevolte dans l’esprit du grand Fats! Très rock'n'roll, "She can talk" prend son envol sur les ivoires avant de céder le relais aux cordes, sur un rythme similaire. "Angry surfer" autorise un exercice d’impro à la six cordes. Alex Shakery nous rappelle qu’il est un excellent organiste sur le passionnant sur "20/20". Bien reçu! De toute bonne facture, cet elpee s’achève par un nouvel instrumental baptisé tout naturellement "Insomniacs boogie" ; une plage au cours de laquelle tous les acteurs ont droit, successivement, au chapitre…

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