La deuxième publication du tout jeune label parisien YY risque bien de faire parler d’elle dans un avenir proche.
Et tout d’abord à cause de ce quintet breton emmené par Jacques Creignou (alias Poor Boy). Sans doute l’une des jeunes formations françaises les plus inspirées du moment, tant sur scène qu’en studio.
Deux ans après avoir concocté l’intimiste « Moondream », le songwriter morlaisien s’amuse ici durant treize plages à déstructurer et reconstruire remarquablement 30 ans d’Indie Rock, à l’image de Sparklehorse ou encore Beck, pour le plus grand bonheur des amateurs de bidouillages folk/rock et autres friands d’arrangements sophistiqués.
Sonorités ricaines lo-fi et synthés vintages japonais sont donc au programme de cette galette électrisante que nous qualifieront –puisqu’il faut malheureusement étiqueter sa discothèque de temps à autre pour pouvoir y mettre de l’ordre– de ‘pop/rock créatif ‘façon 90’s, gorgée d’adrénaline et d’un soupçon de mélancolie, où la recherche minutieuse des sons ne prévaut jamais sur les compositions ‘guitares’ souvent tendues, et où les plages se succèdent crescendo, passant d’une pop aérienne à un rock peu à peu corrosif, rappelant parfois –entre autres– nos vieux amis les Pixies ou encore le Lou Barlow des débuts, tout en sachant, comme eux, prendre soin de fuir les formules trop évidentes. Exercice délicat!
Le genre d’album que l’on déguste avec plaisir comme un cigare dont on connait déjà la saveur, doucement et attentivement, pour en analyser toutes les singularités dues à sa fabrication artisanale.
Du quatre-pistes des débuts (« Moondream » en 2007), il n’en est plus question ici. « Dreamer are you sad » a été soigneusement enregistré et mixé au studio Black Box (référence mondiale de l’enregistrement analogique) par Peter Deimel (Sloy, dEUS, The Kills…) Une texture sonore plutôt old shool, donc, qui ravira les réfractaires du son formaté et froid du numérique, donnant résolument une couleur agréable et une épaisseur aux treize compositions de cet opus aux multiples (!!!) influences.
On épinglera aussi et surtout une « madame Madame » (keyboards/chant), donnant ça et là un échantillon de sa magnifique voix, et apportant incontestablement un plus significatif à tous les titres où l’on aura l’agréable surprise de l’entendre chanter.
Un groupe définitivement inventif et talentueux, à suivre de très près, et un album à prendre la peine d’écouter dans le détail sous peine d’y louper les quelques perles du genre qu’il recèle
En s’inspirant d’un titre de Nick Drake pour choisir son patronyme, on ne peut qu’être de bon goût, non?

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