Originaire de San Francisco, Gail Muldrow fêtera bientôt ses 55 ans. Elle chante, mais se débrouille aussi très bien tant à la guitare, aux claviers, aux percus qu’à la basse. Une multi-instrumentiste quoi ! Son timbre vocal peut rappeler tantôt Aretha Franklin, Etta James ou encore Gladys Knight, alors que son jeu de cordes semble hérité de Jimi Hendrix, de Jimmy Page voire d’Albert Collins. Pas très banal, il faut le reconnaître. A l’âge de 17 ans, Sly Stone l’invite à rejoindre le Family Stone Band. Elle emprunte cependant un pseudo : Cousin Gale. Et épouse le profil funk de la formation. Elle va également militer au sein du Graham Central Station et du Johnny Otis Show, avant de consacrer davantage de temps à sa carrière individuelle. En enregistrant notamment toute une série d’elpees. Dont le premier, "Cleen spirit", remonte à 2003. Une œuvre campant un savoureux mélange de blues, funk, rock et R&B. Suite à une tournée accomplie en Italie, elle intègre l'agence de promotion italienne Feelin' Good. Ce qui lui permet d’enregistrer "It's my life". En 2007. Puis deux opus immortalisés en public. Le "Live at Jazz & Blues Festival, Rapperswil-Jona" ainsi que "Raw Live & Cool". Devenue l'égérie de l'agence italienne, elle remet le couvert en juillet 2007. Pour mettre en boîte cet opus, elle a bénéficié du concours d’une solide équipe transalpine. Tano Ro à la production ainsi que Tiziano Galli au mixing et à la guitare. Mais aussi d’une brochette de musiciens huppés issus de la scène de San Francisco. Et notamment le Ford Blues Band, c’est-à-dire le drummer Patrick Ford, le bassiste Dewayne Pate et l’harmoniciste Andy Just.
L’ouverture baigne manifestement dans le blues. Cette version dynamique de "You're so fine", vivifiée par la voix séduisante, puissante de Gail, est soutenue par les interventions d’Andy Just. Déterminé, il est au sommet de sa forme et souffle judicieusement dans son instrument. La première sortie aux cordes est concise, mais parfaite. La voix de Miss Mojo est élimée par ses multiples apparitions sur les planches. Ce qui inévitablement confère à la dame une fameuse présence scénique. Et "Moving on down the line" en est une belle illustration ; un morceau au cours duquel Just est omniprésent. Il semble avoir mangé du lion et se montre très souvent à son avantage. Quel plaisir de réentendre ce souffleur de grand talent. Qui multiplie les phrases assassines sur sa musique à bouche lors du blues lent "Along about midnight", une plage au cours de laquelle Gail se déchaîne aux vocaux. Son timbre a du vécu. Et la guitare suit cet organe à la trace. La cover du "Still a fool" de Muddy Waters est particulièrement énergique. Abordée à la manière de son vieil ami Howlin' Wolf, cette reprise est tramée sur une rythmique frénétique et hypnotique. "Peace of mind" change de registre. On retrouve les mêmes acteurs pour ce titre plus rock, Patrick Ford se chargeant de canaliser l'ensemble de ses drums. Une ballade légère : "Love sickness" ; avant un retour au Chicago blues plus classique. Tout d’abord "Got my mind back", dominée par la slide de Gail. Puis "Dope smoking blues", un shuffle parfaitement assimilé. Et pour cause ce petit bout de femme maîtrise bien son sujet, pendant qu’à ses côtés, Just est décidément insatiable. Une véritable lame de fond dévaste "Never enough". Andy Just se révèle boulimique en matière d'overblowing sur ce boogie, avant qu’extravertie, la guitare ne prenne le relais. Impressionnant ! D’excellente facture, cet opus s’achève sous les éclairs du rocker "T for Trouble". Une prestation 5 étoiles pour le tandem Gail Mojo Muldrow/Andy Just…

Nederlands
Français 
