Johnnie Bassett est un vétéran du blues. Et vit depuis bien longtemps dans sa bonne Motor City de Detroit. Aujourd’hui âgé de 75 balais, il est originaire de Marianna, en Floride. Ce qui explique pourquoi il a eu le bonheur de voir et entendre Tampa Red et Big Boy Crudup. Ce remarquable chanteur et guitariste a le plus souvent cherché son inspiration dans les œuvres de ses contemporains ; et notamment T Bone Walker, Albert et surtout BB King. Lorsqu'il s’établit à Detroit dans les fifties, il rejoint la formation de Joe Weaver & the Blue Notes. En 1992, il a monté son groupe, les Blues Insurgents en compagnie desquels, il a sorti quelques albums de bonne facture. On ne compte plus ses tournées opérées aux States et en Europe. Mais son dernier elpee remonte à plus de dix années. Sur la pochette, l’artiste pose vêtu d’un smoking, chaussé de pompes blanches, approchant fièrement de sa vieille Cadillac blanche ; manifestement, the gentleman is back!
Ce nouvel opus s'ouvre dans une ambiance plutôt relax. L’aspect mélodique y est privilégié. Un peu comme sur les elpees de BB King. Johnny chante "A woman's got ways" d'une voix remarquable, taillée pour chanter le blues. Il concède quelques notes concises de sa gratte, un peu come BB, sur Lucille. Curieux ! Mais quelle leçon d'efficacité ! Imprimé sur un tempo bien enlevé, "Keep your hands off my babe" baigne davantage dans le west coast swing. Assurés par les Motor City Horns, les cuivres sont bien présents ; d’ailleurs la trompette et le saxophone ténor parviennent même à s’extraire triomphalement de la mêlée. Bassett chante "Nice guys finish last" d’un timbre nasillard, un superbe blues qui transpire le vécu. Le piano soutient parfaitement le tempo. La guitare du maître ondule sur la solution sonore avant de s’en extraire avec délectation. Tout est parfaitement en place. Il est vrai que nous sommes en présence de vieux routiniers du style. "Georgia" est une compo popularisée par Ray Charles. Cette nouvelle version est très respectueuse de celle du génie. Le rythme reprend ses droits pour "You real gutchiegummie" et surtout "Feeling lucky", caractérisé par une sortie de cordes particulièrement élégante. Tous les instrumentistes remplissent leur rôle à merveille. Que ce soit Skeeto Valdez aux drums, James Simonson à la basse, Chris Codish aux claviers ou encore Keith Kaminski aux différents saxophones. En outre, la cohésion manifestée par toutes ces différentes composantes est remarquable. Une homogénéité parfaitement illustrée tout au long du superbe "I'm lost". Dans ces conditions, Johnny n’éprouve guère de difficulté à tirer son épingle du jeu. Son jeu subtil et fluide s’adapte parfaitement aussi bien au cœur d'une section de cuivres que sous une forme dépouillée. Soutenu par la steel guitar de James Morris, il chante d’une voix indolente "I can't see what I saw in you", dans un style sis à mi-chemin entre le Memphis blues et le country de Nashville. Une compo déconcertante d’efficacité ! "I love the way you look" vire au jazz et au swing et laisse à nouveau voix au chapitre aux cuivres et à l'orgue Hammond. "My old flame" clôt l’elpee. Un long blues lent bouleversant. Voix, cordes, piano et cuivres s’y conjuguent à la perfection.
En concoctant cet elpee, Johnnie Bassett vient de frapper très fort. Et pour cause « The gentleman is back » est un opus remarquable ! Néanmoins, il faut aussi tenir compte du rôle joué par Chris Codish qui non seulement se charge des parties d’orgue, mais également a assuré la production et coécrit la plupart du répertoire.

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