Saluons d'entrée l'initiative de ce festival consacré aux arts numériques. Il a permis aux professionnels et au public curieux d'assister à une toute une série d’activités d’apprécier le travail d’une dizaine d’artistes actifs dans le secteur de la culture numérique. Rendons hommage aux organisateurs qui à l’aide de modestes moyens mais un excellent carnet d'adresses ont apporté à la Cité Ardente un événement qui, nous l'espérons, se répètera dans les années à venir. Outre une exposition, trois conférences et un workshop permettant de se familiariser avec deux logiciels de mapping, il s’agissait surtout de proposer gratuitement au public liégeois plusieurs performances accordées dans les locaux de l’Académie des beaux-arts de Liège. Le festival se clôturait dans le nouveau haut lieu du clubbing principautaire, Le Cadran, où l'on a pu assister pour un prix très démocratique à une série de sets d'artistes renommés.
Tout d'abord, quelques mots sur les différents spectacles glanés auprès de quelques collaborateurs de Musiczine. Le festival débute tout en douceur, le mercredi, par ‘Disorder’ un show du CENC (Centre d’expression numérique et corporelle basé en Suisse). Des danseuses se meuvent lentement derrière un écran sur une composition ambient délicate. C'est joli et poétique mais on est content que le spectacle ne dure qu'une petite demi-heure car la lassitude commence à poindre en fin de parcours. Succès de foule comme ce sera le cas toute la semaine. C'est aussi l'occasion de découvrir diverses installations aménagées dans les locaux de l'Académie.
La seconde soirée débute également par l'alliance de la danse et de la musique électronique. Au programme : la performance du studio d'art numérique barcelonais Reflection Lab au cours de laquelle, les mouvements de la danseuse tentent d'épouser les formes colorées projetées sur l'écran.
La musique de Light Sound & Death est bien plus expérimentale et éprouvante. Le performeur, dans un costume brillant, s'agite de manière épileptique devant de puissantes lampes à effet stroboscopique. Notre chroniqueur du soir est vite saturé par ce spectacle sans concession.
Peu de précision malheureusement sur celui du jeudi proposé par 1024 Architecture. Notre photographe préférée Marine B. a en tout cas été très impressionnée et en est sortie enchantée.
La grande soirée de clôture débute par une prestation captivante de Nonotak, duo composé de l’artiste et illustrateur Noemi Schipfer et de l’architecte et musicien Takami Nakamoto, que l’on retrouvera plus tard en solo. Ils nous présentent leur dernière création, Late Speculation, décrite comme explorant la relation entre espace, image et son et permettant au duo de s’engager dans des représentations live en partie improvisées, où les éléments audiovisuels ne tournent plus en boucle, mais sont plutôt ajustés sur le moment même. Prenant place, face à face, autour de leurs machines, dans un triangle transparent dont les projections en lignes et formes géométriques épousent la forme, les comparses proposent un son assez dur et oppressant, à coloration indus et technoïde. Ils procurent une sensation d’encerclement au milieu de ces sonorités hachées, fracturées, mi-sourdes mi-crissantes, mais élégantes et maîtrisées.
La suite se déroule au Cadran. Elle débute agréablement par des lives audio/vidéo. Emilia Gumanska aka Emiko, tout d’abord, allie projections intrigantes et motifs électroniques doux mais puissants. Pour suivre, Steve Buchanan nous gratifie d’une étonnante et brève démonstration, à même le sol, d’une plaque podale de laquelle il extrait, en la martelant et la piétinant, des motifs métallo-tribaux. Takami Nakamoto propose ensuite un set intéressant mais quelque peu répétitif et décousu, fait de cut-ups foisonnants et bien agencés mais sans véritable ligne de conduite. Une abstraction technoïde que l'on retrouve dans la brève performance d'Okus Cie.
Arrive l'artiste mystère qui ne l'est plus depuis un petit temps, le bouche à oreille ayant supprimé tout effet de surprise mais permis d'attirer une foule considérable. Il s'agit de Vitalic attendu par des centaines d'aficionados en délire pour la plupart très jeunes. Ce dernier délivre un set semi-live qui enchaîne tous les tubes qui ont fait de lui un des artistes techno les plus prisés. C'est efficace bien entendu et la foule déjà bien allumée se déchaîne. Votre serviteur, lui, n'en peut déjà plus après quelques morceaux. Les basses massacrent ses vieux tympans et ce genre de techno agressive n'est vraiment plus sa tasse de thé.
Riley Reinhold enchaîne devant un parterre bien moins fourni. Le gros de l'assistance n'a visiblement jamais entendu parler du patron des formidables labels Traum, Trapez et My Best Friend et s'en désintéresse totalement préférant aller se déhancher sur la trap mal dégrossie proposée dans la salle d'à côté. L'Allemand se sent malheureusement obligé de se mettre au diapason de la techno ‘gros sabots’ délivrée avant lui. Bien loin de ses excellentes compilations mixées Tour de Traum, on a droit à une succession de gros beats d'où n'émergent que rarement les mélodies qui ont fait la réputation de son écurie.
Dominik Eulberg lui succède, attendu impatiemment par les plus de trente ans. L'ornithologue n'a jamais été un foudre de guerre du dj set. Son vrai talent s’exprime à travers ses remarquables albums. Et on regrette que les organisateurs n’aient pu convaincre son ami Gabriel Ananda de se joindre à la fête. Trop peu sûr de lui, Dominik n'accepte en effet de jouer en live qu'en compagnie du vétéran teuton. Ici encore, Eulberg joue la carte des effets mille fois entendus et des beats énormes noyés sous la saturation. Mes écoutilles saignent mais la foule semble adhérer. Il est plus de trois heures du matin, l'alcool et les substances font apparemment leur effet. C'est ce que réclament les clubbers. Le droit de lever les bras et de crier de joie quand montent les sons saturés. Et peu importe, si c'est mixé à la tronçonneuse sur des cd gravés.
Immense regret : l'absence de Microtrauma. Annoncé mais décommandé pour de compréhensibles raisons budgétaires (rappelons que tout le festival était gratuit et qu'on pouvait assister à la soirée pour la modique somme de dix euros), le duo aurait probablement sauvé ma soirée. Ce n'est, paraît-il, que partie remise puisque les organisateurs comptent l’inviter prochainement dans la même salle.
En résumé, un événement qui a l'énorme mérite d'exister mais qui doit encore trouver un juste milieu entre performances arty et banals DJ sets. Il est dommage par exemple que les dernières prestations n'aient pas été accompagnées de visuels. Espérons donc que cette première édition ait convaincu les édiles d'octroyer de généreux subsides pour pérenniser et améliorer ce très respectable projet. Il en vaut la peine.
Organisation : Mike Latona + Académie Royale des Beaux Arts de Liège + Cadran + Mapping Festival

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