Le très décevant “Dance of Death”, livré par la Vierge de Fer en l’an 2003, a refroidi plus d’un fan, pourtant à nouveau confiant depuis le retour du sieur Bruce Dickinson derrière le micro. En excellent gestionnaire, Steve Harris, leader incontestable du combo issu de la N.W.O.B.H.M. (New Wave Of British Heavy Metal), a compris qu’il était impératif de redresser la barre et d’offrir aux nombreux aficionados un album digne de Maiden. Non seulement « A Matter of Life and Death » est largement supérieur à son prédécesseur, mais il manifeste davantage d’unité tout en parvenant à surprendre dans sa construction, entre tradition et modernité. Bien entendu, il n’est nullement question ici d’un nouveau « Piece of Mind », mais sans nul doute du meilleur Maiden depuis le come-back de Bruce. La thématique développée est l’absurdité de la guerre, et les amateurs de longues constructions à tiroirs seront enchantés.
« A Matter… » ne recèle que deux titres courts, dont « Different World ». Caractérisée par sa rythmique accrocheuse et son refrain sympa, sans pour autant s’avérer novatrice, cette plage ouvre l’album. Du pur Maiden. Les choses deviennent nettement plus sérieuses dès « These Colours don’t run ». Parcouru de solos, ce titre s’achève par un gros break jouissif ! « Brighter Than a Thousand Suns » est un des fragments à découvrir en priorité. Le faux rythme lancinant, l’alternance du chant clair et hurlé, le son de guitare à la Metallica (inhabituel chez Maiden) et la cavalcade effrénée entretiennent une atmosphère inspirée de « Powerslave ». Probablement un futur classique pour la scène. Autre titre court de l’album, « The Pilgrim » constitue aussi et certainement le plus accessible. Intro celtique talonnée par un tempo à la limite du trash, sonorités arabisantes, le morceau aurait pu se muer en single, si le refrain avait été un chouia plus accrocheur. Il reste néanmoins un excellent moment de l’album.
Tout comme « The longest Day », inspiré par le film « Le Jour le plus Long ». Sombre, grave et solennel à la fois, la musique monte progressivement en force tandis que Nicko Mc Brain frappe ses fûts pour donner l’illusion de rafales de canon. Une réussite incontestable ! Quiconque a flashé sur la semi-ballade « Children of the Damned » de l’incontournable « Number of the Beast » ressentira des frissons dès les premiers accords, exécutés à la guitare sèche, de l’émouvant “Out of the Shadows”, titre surprenant qui rappelle la ‘grande époque’. Lorsque Steve Harris et ses acolytes se mettent à composer des power ballads, l’effet est instantané. Souvenez-vous de « Remember Tommorow », « The Prodigal Son », et surtout de ce chef d’œuvre précité issu du « Numéro de la Bête ». « Out of the Shadows » s’inscrit tout à fait dans cette lignée. Un single potentiel ! C’est pourtant le solide « The reincarnation of Benjamin Breeg » qui a été choisi pour annoncer la venue du nouvel enfant de la Vierge de fer !! Le skeud débute par un long passage quasi narratif, avant de débouler sur une énorme rythmique heavy destinée à faire taper du pied les fans de la première heure. Sur chaque production maidenesque figure un long morceau épique, comme Harris en raffole. Dissertant des religions, le magnifique « For the Greater Good of God » donne forcément un petit air de ‘déjà entendu’, et nécessitera plusieurs écoutes avant d’être bien assimilé. Malgré sa référence à « Where Eagles Dare » (Piece of Mind), « Lord of Light » est la composition la plus faible de la plaque. Heureusement, « The Legacy » redresse la barre et boucle l’album de façon époustouflante ! La longue intro acoustique ne fait qu’accentuer le côté heavy, façon « Sacred Heart » ou « Holy Diver » de Dio.
Notons enfin que « A Matter… » est disponible dans une version CD limited édition avec slipcase et DVD bonus, mais aussi dans un autre format cher aux collectionneurs. Un splendide double vinyle picture-disc, sous un format encore plus limité, c’est de bonne guerre…Iron Maiden est de retour, et Eddie n’est pas spécialement de bonne humeur !