A sa sortie en 1996, le premier disque d’Eels, « Beautiful Freak », ressemblait à une tornade audacieuse dans le monde du rock, mêlant aux sons crasseux et à la voix rauque de E des instruments improbables. Deux ans plus tard sortait « Electro-Shock Blues », un elpee sombre et dépressif, dont les extes racontaient les drames personnels traversés par E, le leader et chanteur du groupe. Le suicide de sa sœur schizophrène, le cancer galopant de sa mère… Un disque au parfum d’hôpital, mais ne sombrant jamais dans le pathétique, résonnant même ça et là de mélodies entraînantes et de second degré. Une ambivalence surprenante, caractérisée par des morceaux complexes et partagée entre ambiances bouleversantes, graves et légères, se baladant entre guitares saturées et candides carillons.
En 2000, Eels surprend ses ouailles, en gravant « Daisies Of The Galaxy», disque enjoué, sur lequel interviennent une fanfare, des chœurs venus d’un autre monde, des sifflements d’oiseaux… et de lentes mélopées mélancoliques.
C’est comme si Eels marchait sur un fil tendu, équilibriste malhabile balançant entre bonheur et désespoir, se rattrapant toujours grâce à sa perche musicale. Cette sorte de psychothérapie publique et sonore se poursuit régulièrement, par la sortie de nouveaux disques, en 2002, 2003, 2005 et 2009.
« End Times » huitième album du groupe, (si l’on exclut les cinq autres projets drivés par E) est publié sept mois après « El hombre Lobo ». Il semble ne pas avoir bénéficié du temps de gestation nécessaire. E, qui apparaît sur la pochette du disque sous les traits d’un vieil homme déprimé, grande barbe et cheveux longs, casquette et anorak défraîchis, regarde vaguement une quelconque banlieue déserte. Le disque déverse sa tonalité triste et désespérée. Introspectif, ce dernier album nous parle du divorce et du vieillissement. Il ne manque pas totalement d’audace tant il prend le parti de ne pas enjoliver la réalité. « A Line In The Dirt » est une chanson d’amour qui commence par ‘Elle s’est encore enfermée dans la salle de bain, alors je pisse dans le jardin’. On dirait qu’il s’agit d’une fin de soirée. E se lève pour danser en espérant que l’énergie va revenir mais replonge vite au fond du canapé. Il est fatigué, il chante du bout des lèvres sans forcer sa voix graveleuse. « Gone Man » et « Paradise Blues » dont le chant éraillé émane d’un vieux juke-box, sont les titres les plus rock’n’roll. Ils se dégagent du lot, mais ne font pas illusion ; la mélancolie est définitivement installée.
« End Times » est, si l’on en croit son nom, une sortie de scène. Et c’est peut-être mieux ainsi.

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