Chez Ruf Records, on a le nez creux pour dénicher des talents féminins ou félins, selon. Et l’écurie vient à nouveau d’en dégoter une nouvelle : Dana Fuchs. Jolie, les cheveux blonds et de longues jambes qui n’en finissent pas. Que demande le peuple ? Ben quand même qu’elle soit crédible. Sa voix rauque et un brin éraillée, ne manque, en tout cas pas de charme. Agée de 35 ans, elle est née dans le New Jersey et a grandi sous le soleil de plomb très caractéristique de la Floride. A 19 balais, elle quitte sa famille, sans un sou, et débarque à New York pour tenter sa chance. Elle participe à des blues jams dans les bas quartiers de Manhattan. C’est là qu’elle rencontre Jon Diamond, guitariste (NDR : quelquefois harmoniciste) qui avait tourné au sein des backing groups de Joan Osborn et Debbie Davies. Ensemble, ils fondent le Dana Fuchs Band.
En 2003, la formation avait publié l’album "Lonely for a lifetime", suivi en 2008 d’un opus enregistré en public, " Live in NYC", immortalisé au BB King’s Blues Club. Jon Diamond et Dana sont toujours partenaires au sein du line up. Hormis un titre, le duo se charge de la composition et de la coproduction. Ils sont soutenus par une section rythmique en béton : le bassiste Whynot Jansveld et le drummer Carter McLean. Le futur périple du band devrait transiter par la Belgique, et s’arrêter ce 7 août, à la Ferme de la Madelonne, à Gouvy.
Le long playing s’ouvre par le titre maître. Puissante, cette piste s’apparente à un poing dans la figure. La slide de Jon Diamond arrache. La production est bien léchée. Les cordes acoustiques sont subtilement ciselées. Jon double à l’harmo. Dès qu’elle élève le ton, Dana évoque inévitablement Janis Joplin. Son timbre rocailleux et assuré crève l’écran. Pas étonnant, lorsqu’on sait qu’elle est aussi actrice. Ainsi, il y a quelques années, elle avait tapé dans l’oreille (NDR : l’œil ?) des producteurs de la revue de Broadway, "Love, Janis". Et elle s’était alors vu offrir le rôle de la célèbre blueswoman. "Nothing’s what I cry for" hausse le rythme. Atmosphérique, "Golden eyes" est une piste qui ne manque pas de charme. Les cordes de Jon nous transportent. Une intensité dramatique émane de cette compo au cours de laquelle le chant est soutenu par des harmonies vocales féminines. Dana possède un registre vocal particulièrement ample. Et elle le démontre, face à l’orgue Hammond de Glenn Patscha, sur la jolie ballade soul, " Keepsake". Sculpté dans le rock et bénéficiant d’excellents arrangements, "Set it on fire" lorgne vers les Rolling Stones, tout comme "Faster than we can" ; mais à cause du tempo, réminiscent d’" It’s all over now" (NDR : le premier hit ; et c’était en 1964 !) Miss Fuchs se montre également à l’aise dans la soul. Elle injecte énormément de passion dans sa voix lorsqu’elle s’attaque à la ballade R&B lente. Elle adopte alors un style très sixties, proche du Stax de Memphis. Mais aussi lorsqu’elle aborde le gospel, soutenue par des chœurs de circonstance. En outre, elle est également capable de nous balancer un rockin’ R&B percutant, dans l’esprit de Tina Turner. "Pretty girl" revient au rock made in Joplin. Une seule reprise et elle n’est guère surprenante, puisqu’il s’agit du merveilleux "I’ve been loving you too long" d’Otis Redding, un hit inoubliable dont elle parvient à nous délivrer une excellente version. Le rockin’ blues "What you see" précède le morceau final du long playing, "Superman", un blues que n’aurait pas renié Howlin’ Wolf en personne !

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