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Hubert-Félix Thiéfaine, figure emblématique d’un rock engagé et marginal, vient de sortir un dernier disque aux formes plus rondes, aux inflexions plus romantiques que celles qu’on lui connaissait. A quelques exceptions près, les mélodies sont plus douces que d’aventure, et s’organisent autour d’une structure traditionnelle. Mais si le cadre est classique, le contenu dépote comme aux premiers pas de cet inclassable musicien. Ecrits en rimes et en alexandrins, les textes évoluent au sein d’une atmosphère baudelairienne. Ils abordent des thèmes comme ceux de l’amour, du voyage, de l’exotisme, des douceurs féminines, de la nostalgie et de l’enfance et recèlent de nombreuses références littéraires. La plume de Thiefaine griffe et arrache plus qu’elle ne caresse.

Les trois premiers morceaux inaugurent l’album en beauté. "La Ruelle Des Morts", ressuscite les mythes de l’enfance, les souvenirs des soirées magiques de juillet, framboises, kéfir et récits d’aventure. Ces images sont celles de Thiéfaine enfant. La ruelle des morts est le nom d’une artère de Dole, petite ville jurassienne dont l’artiste et votre serviteur sont originaires. Les allusions à Barberousse se réfèrent peut-être à la place qui porte cette appellation, et à la mystérieuse statue du cyclope qui s’y tient. "Fièvre Résurrectionnelle" est une chanson d'amour itinérante, quête irréelle d'un absolu impossible, d'amour et de liberté. Chanson langoureuse, "Trois Poèmes Pour Annabel Lee" nous renvoie à un poème d'Edgar Poe écrit à la mort d'une femme, amour d'enfance doublement défunt.

Malgré une tendance à l'adoucissement, quelques titres plus rock font cingler les guitares. Egalement plus sombres, "Garbo XW Machine " et "Lobotomie Sporting Club " révèlent une urgence angoissée, sur une rythmique endiablée.

Quelques chansons sont moins intéressantes, à l’instar des "Ombres du soir" aux inflexions débonnaires et de "Compartiment C Voiture 293 (Edward Hopper1938)" rêverie d’un romantisme un peu usé, inspiré d’un tableau représentant une femme qui lit dans un train.

Le cinquième morceau, "Petit Matin 4.10 Heure d'Eté" semble être le symbole de tout le disque. Sur une instrumentation sobre, mêlant guitare, harmonica et d'autres cordes plus légères, HFT nous confie : ‘Je n’ai plus rien à exposer dans la galerie des sentiments. Je laisse ma place aux nouveaux-nés sur le marché des morts-vivants’ ou encore ‘Je rêve tellement d'avoir été que je vais finir par tomber’. Nostalgique envers un temps perdu et désabusé face au monde à venir, Thiéfaine a choisi de brûler la chandelle par les deux bouts, de vivre dans un présent incandescent, d’en épuiser l’ivresse. Avec une sincérité impudique, cet esprit libre se livre dans ce disque, qui sera suivi de sa dernière tournée, baptisée Homo Plebis Ultimae Tour.

 

En espérant que les médias généralistes se rendent enfin compte de son existence, donnant en même temps tort à cet artiste qui a dit que ‘la meilleure façon de devenir célèbre, c'est d'être mort.

 

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