Norman Jeffrey Healey est ce chanteur/guitariste canadien atteint de cécité depuis l’âge de 1 an. Atteint d’un cancer de la rétine, la maladie allait finalement l’emporter début 2008. Il n’avait pas encore 42 ans.
C'est en 1985 que le Jeff Healey Band prend forme, lors de la jam hebdomadaire accordée au club ‘Grossman's Tavern’, chez lui, à Toronto. Son backing band implique alors le drummer Tom Stephen et le bassiste Joe Rockman. Leur premier opus, "See the light", sort en 1988. Ce sera le début d’une carrière chargée de promesses, mais interrompue par la mort. Jeff était un grand amateur de blues et peut-être encore plus de jazz traditionnel. Au cours des dernières années, il avait également démontré ses talents de trompettiste. Eagle Rock nous propose un témoignage vibrant de cet artiste défunt.
Le Jeff Healey Band se produisait donc ‘at home’, au sein de cette célèbre taverne enfumée, deux soirs de suite, soit les 22 et 23 avril 1994. Pour la circonstance, le trio a reçu le concours du guitariste Pat Rush, un musicien qui avait côtoyé, notamment, Johnny Winter, James Cotton et Buddy Guy, ainsi que son compatriote harmoniciste, Michael Pickett.
Si Alvin Lee, le célèbre sixcordiste de Ten Years After, avait l'habitude de clôturer ses concerts par le fameux "I'm going home", Jeff débute le sien par une relecture de ce classique, mais dans un registre très différent. Pas vraiment rock'n'roll, mais bien plus blues, funky et tout en rythmique. Néanmoins, il aurait pu ne pas attribuer cette plage à Alvin Lee ; car sa version est tout à fait méconnaissable, uniquement instrumentale et théâtre d'une lutte à couteaux tirés entre les deux gratteurs. La machine du JHB est parfaitement huilée. Tous les engrenages fonctionnent à merveille. Place donc au "Killing floor" de Howlin' Wolf, une adaptation funkysante de ce blues rock propice à une nouvelle série d’échanges entre les cordes. Un frisson nous parcourt l’échine dès l’intro du superbe slow blues "As the years go passing by", une compo issue du répertoire d'Albert King, mais souvent et erronément attribuée à Fenton Robinson. Une excellente reprise chargée de feeling. Caractérisé par ses changements de rythmes, le "Yer blues" de John Lennon (un morceau qui figurait sur le double blanc des Beatles) est de toute bonne facture. Le climat baigne maintenant vraiment dans le blues. Signé Howlin' Wolf, "Who's been talking" bénéficie du concours de Michael Pickett à l'harmonica, un autre classique qui suscite mon enthousiasme. Tout comme le "Crossroads" du mythique Robert Johnson, dans une version plus proche de Cream que de l'originale ; mais plutôt roots, et colorée derechef par l'harmo de Pickett. Ce dernier termine sa prestation sur le "Dust my broom" d'Elmore James. Le concert s’achève par un hommage à Jimi Hendrix, lors de deux de ses créations ; tout d’abord le célèbre "Voodoo child", puis l’"All along the watchtower" de Bob Dylan…

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