Il faut reconnaître que la période baptisée ‘British Blues Boom’, de la fin des 60s, a fait beaucoup de bien au blues. La guitare était reine, et peu d'harmonicistes de grand calibre on fait leur nid au cœur de cette période. Duster Bennett a été l'un de ceux-là. Ce qui lui a valu d'enregistrer plusieurs albums sur le label mythique Blue Horizon, sous la houlette de Mike Vernon.
Il y a un quart de siècle que Duster est décédé tragiquement dans un accident de la route. Le label Indigo a fait un travail extraordinaire pour perpétuer la mémoire de ce musicien si attachant. " Shady little baby " constitue le 6ème album posthume paru chez Indigo ; mais pour la première fois, des archives ont été dépoussiérées. Duster était un homme-orchestre du blues, un adepte de Juke Boy Bonner. Chantant et jouant de tout au même moment, cet homme respirait le blues par tous les pores de la peau. Il possédait un feeling assez déconcertant.
Nous démarrons loin dans le temps, en 1965 très exactement, par "San Francisco Bay blues", une reprise de Jesse Fuller opérée dans le style jug band ; et une très belle version du "Beggin' woman" de Cousin Joe. En 66, il improvise "Take the train out in the morning" sur le riff de "Help me" (de Sonny Boy). Deux plages ont été prises live en 1967, dans le métro. Mais le son est tellement pourri, que ce ne peut être que des documents. J'aimerais encore pouvoir m'arrêter dans les couloirs de l'underground londonien et entendre de tels musiciens. On y retrouve également quelques démos. Elles étaient probablement destinées à lui permettre de décrocher l'un ou l'autre contrat. Elles datent de 68. "Shady little baby" est un remarquable blues marqué par le style swamp des studios de Jay Miller. Le rythmé "Worried mind" est de la dynamite et "Fresh country jam" un instrumental qui prouve toute sa maîtrise de l'instrument à bouche. Cette démo introduite par Peter Green lui permettra de signer chez Blue Horizon. Toutes ces plages seront cependant réenregistrées dans de bien meilleures conditions techniques. Quand j'écoute "All that I need", je me dis qu'hormis le Peter Green de la grande époque, peu d'Anglais ont chanté le blues avec tant de sensibilité. Quand l'homme interprète Gerschwin "Summertime", il laisse filtrer l'émotion. En fin d'album, nous retrouvons Duster pour un répertoire très différent de ce qui précède. Tantôt accompagné d'autres musiciens. Section rythmique ou cuivres. Tantôt entouré de certaines célébrités, telles Peter Frampton, Nicky Hopkins ou Pete Wingfield. Ce nouveau chapitre de la Bennett story est surtout réservé aux inconditionnels.

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