Ben Caplan est encore peu connu mais son heure de gloire arrive à grand pas. Cet artiste affiche un look hirsute : il porte une longue barbe, sa chevelure est dense mais particulièrement bouclée ; et il chausse son nez de lunettes sombres. Originaire de Halifax, ce Canadien est chanteur, compositeur et interprète. Très personnelle, son œuvre est empreinte d’humanité, de romantisme et d’anticonformisme. Sa voix colle parfaitement à son répertoire : râpeuse, rocailleuse, il chante d’un ton grave. Ben est responsable d’un folk singulier, teinté à la fois de blues, de soul et de jazz, très ‘caplanesque’, en quelque sorte. Il chante, mais également se réserve un tas d’instruments divers comme la guitare, le banjo, le mélodica et le piano. Il est soutenu par un backing band, baptisé The Casual Smokers.
Il est souvent comparé à Tom Waits. Sans doute à cause de son attitude déjantée. Mais également de sa voix. Quant à son style, il est directement influencé par le klezmer, une musique traditionnelle juive. La section rythmique est dirigée par le contrebassiste Roy Hines, également assistant producteur ; Donald McLennan se réserve le violon et David Christensen se partage entre clarinette, saxophone et flûte.
Morceau d’ouverture, “Southbound” baigne dans une certaine douceur ; mais les cordes acoustiques, le violon et la clarinette cèdent rapidement la direction à la voix envoûtante de Mr Caplan. La structure de la compo est complexe. Les différents instruments sont très susceptibles de se conjuguer. Objectif : prendre le mélomane par surprise ! “Beautiful” nous plonge dans une atmosphère quasi manouche, au sein de laquelle s’évade une flûte gouailleuse. Les mélodies de Caplan sont séduisantes. “Seed of love” est caractérisé par un échange vocal entre Ben et Sasha Muise, face au violon fiévreux. On pénètre ensuite dans l’univers féérique grâce au sublime “Drift apart”. La voix de Ben semble venir d’outre-tombe tout au long de “Conduit”. Un titre ténébreux qui lorgne manifestement vers Tom Waits, au cours duquel, il déblatère à tue-tête avec fureur et ivresse! Une formule qu’il réitère sur “Bang to break the drum”! Les Casual Smokers constituent un combo très homogène. La contribution apportée par les différents musicos est paradoxalement riche et intimiste. La section rythmique est portée par la contrebasse de Hines. Très souvent des accords de violon chargés de sensibilité, tout en caresses, se détachent de l’ensemble. Des claquements de mains amorcent “Down to the river”. Le climat est très proche des sonorités primitives du blues, de ces hollers initiés dans les champs de coton. La voix est captivante, autoritaire et solennelle. Mais quand survient la rupture, nous basculons dans l’univers rythmé, dansant et joyeux de la musique klezmer. Un blues hébraïque de toute beauté! Pour clore cet opus, Ben s’assied derrière le grand piano, et nous raconte l’histoire tragique de ce “Stranger”, une compo qui au fil des mesures se transforme en valse décapante…

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