Cela faisait neuf ans qu'on l'attendait. Il y avait bien eu " Zooropa " entre temps. Opus produit à la hâte, business oblige, dans un moule on ne peut plus électro. Mais bon nombre de fans ne considéraient pas ce projet comme véritable nouvel album. Presque dix ans de réflexion, de recherche, d'expériences diverses qui devaient aboutir en l'an 2000, à un chef d'œuvre obligé. On se souvient tous de Dire Straits et de cette longue attente entre " Brothers in Arms " et " On Every Street ", mais on ne croyait pas le quatuor irlandais capable de répéter pareil crime pour son public. Une kyrielle de signes avant-coureurs laisser espérer quelque chose de grand. Le fait que Brian Eno et Daniel Lanois participent à nouveau à la confection du disque tout d'abord. Les différents singles qui se sont succédés depuis quelques années également. De " Miss Sarajevo " à " Beautifull day ", en passant par les participations marquantes aux bandes sonores de films. Même Bono tenait un discours alléchant pour les fans des premières heures. " Le prochain album de U2 coïncidera avec un retour aux sources ". Peut-être avons-nous eu les yeux plus gros que le ventre. Mais avec " All that you can't leave behind " nous sommes restés sur notre faim. Les mélodies pop, les émotions, les inventions qui faisaient du combo l'un des plus grands groupes des vingt dernières années, sont véritablement aseptisées par une production et un mixage des plus douteux. Daniel et Brian, qu'avez-vous donc fait ? Le dégraissage est parfois tel qu'on évoque ponctuellement les derniers moments de feu INXS ou d'un Simple Minds version Jean-Pierre Foucault (Sacré soirée !). Et on ne citera pas Simple Red lorsque certaines compositions trempent dans la soul blanche mercantile. Heureusement, il y a encore quelques bonnes surprises. Le single tout d'abord. Qui oscille entre moments de tendresse et de révolte. Les groovy " Elevation " et " New York ". Deux temps fort de l'album. A cause de leur côté percutant qui dénote totalement avec la langueur des autres compositions. Sur " New York ", on se demande d'ailleurs si Bono et The Edge ne s'inspirent pas de Richard Ashcroft et de son The Verve. Même si les clichés sont présents (Bono et son lyrisme théâtral, The Edge et ses éclats de guitares prévisibles), " Walk on " pourrait encore être cité parmi les bons numéros. Et pour cause, les mélodies et les émotions dégagées sont dignes des classiques du groupe. Probablement le futur single. " Peace on Earth " enfin, aurait presque droit à cette éloge. Pour le reste, il faudra bien vite oublier. Et espérer que U2 n'attende pas encore tant d'années pour sortir un prochain album. Histoire d'un peu gommer notre déception. Comme quoi, même la meilleur équipe du monde n'est pas toujours certaine de gagner, n'est-ce pas ?

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