John Hiatt est un des artistes majeurs de la scène roots américaine. Et il vient de fêter ses 60 balais. Bien qu’il compte 40 années de carrière personnelle et qu’il jouisse d’une reconnaissance unanime auprès de ses pairs, il n’a jamais rencontré de succès probant. John est cependant comme un vieux bourbon. Au fil du temps, il s’améliore ; et les dernières œuvres publiées chez New New West en sont la plus belle démonstration.
Aventureux, "We're alright now" est un blues d'excellente facture. La voix de Hiatt est puissante et autoritaire ; et pourtant on a parfois l’impression qu’il en garde sous la pédale. La mélodie accroche facilement. Le refrain est même contagieux. Si bien qu’en fin de parcours, on se surprend à le reprendre en compagnie des musiciens. "Bite marks" mord et laisse une empreinte. Le riff est incisif, comme coupé à l’aide d’une lame de rasoir. Une plage qui déménage tout en se révélant captivante. Le backing group est solide. Réunissant Patrick O'Hearn à la basse et Kenneth Blevins à la batterie, la section rythmique est particulièrement soudée et résiste à toute épreuve. Hiatt imprime la rythmique pendant que le soliste Doug Lancia tire son épingle du jeu en dispensant des motifs d’une grande simplicité mais très efficaces. Pour enregistrer cet elpee, John est soutenu par les mêmes collaborateurs qui avaient participé à la confection du précédent opus, "Dirty jeans & Mudslide hymns", un disque paru en 2011. Excellente ballade roots trempée dans l’americana, "It all comes back someday" rappelle le Dylan de la grande époque ; néanmoins, l’intensité y est plus soutenue. Une intensité qui monte encore d’un cran sur une autre ballade intitulée "Wood chipper". On se demande quand même ce que John a mangé avant d’entrer en studio ; mais il mord dans sa musique à belles dents. "My business" est toujours aussi offensif. Bluesy, le riff s’accélère, à la manière des ‘garage’ bands de naguère. Pour la circonstance, c’est la slide qui passe à l’avant-plan. Agressive, elle se révèle même déterminée. Le climat de ce long playing serait-il hanté par Howlin’ Wolf ? Nouvelle ballade, "I just don't know what to say" est une compo somptueuse. John chante d’une voix dylanesque post "Nashville Skyline". Le son de cette plage est d’une profondeur incroyable. Faut dire que la production est assurée par Kevin ‘Caveman’ Shirley (Silverchair, Aerosmith, Joe Bonamassa) ; et elle est impeccable. La guitare slide est lumineuse. Limpides, les arpèges de mandoline tapissent la toile de fond. Countryfiante, "I know how to lose you" est une chanson empreinte de beauté et de sérénité. Instruments acoustiques et amplifiés se conjuguent à la perfection. Hiatt a également un petit faible pour les riffs ‘stoniens’. A l’instar de "You're all the reason I need". Marqués au fer rouge par Lancia, gratteur d'envergure, ils entretiennent l’attaque rythmique. Blues urbain bien enlevé, "One of them damn days" est souligné par des cuivres efficients, une piste au cours de laquelle Doug écrase quelque peu ses pédales, pour s’autoriser une envolée. Délicates, envoûtantes, les six cordes acoustiques du maître dessinent "No wicked grin", une autre ballade sculptée dans le folk. “Give it up" baigne au sein du country rock, une plage traversée par une pedal steel qui s’impose. D’excellente facture, cette œuvre s’achève par "Blues can't even find", une dernière ballade manifestement roots. A cause de ces sonorités acoustiques et métalliques du dobro. Limpides, elles ondoient face à une ligne de basse bien marquée. Probablement le meilleur album commis à ce jour par Mr John Hiatt…

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