Tout d’abord, il y a lieu de féliciter celui qui a eu l’idée du concept de la pochette. Bien en rapport avec le titre « Délivré sans ordonnance ». Les jeux de mots relatifs à la médecine et surtout à la pharmacopée sont légion (‘14 capsules’, ‘voie auditive’, ‘conservation : entre 5 et 80°, à l’abri de la haine et de la stupidité’, ‘2mg de skarockcuivrique acidorigolochoride’, etc.) Normal, quand on est atteint par le syndrome de la skarlatine… (fallait bien que je la place celle-là ?). Mais venons-en à l’album concocté sous la houlette de Rudy Coclet et Géraldine Capart (Arno, Mud Flow). Aux studios Rising Sun. Tout d’abord, les cuivres (une trompette, un saxophone et un trombone) sont enfin bien mis en évidence. Et il faut reconnaître que le trio tire parfaitement son épingle du jeu. Même si les accès de folie ne sont pas encore assez fréquents à mon goût. Les dérapages dans le dixieland (« Mi amor ») ou dans la fanfare slave de type Emir Kusturica (l’intro « Pré-scription) laissent un goût de trop peu. Ce qui n’empêche pas l’aspect festif de dominer les débats (qui a dit les ébats ?) En outre, le mixing n’est pas irréprochable. Lorsque la guitare devient plus envahissante, on n’entend presque plus la voix de Sim. Et pourtant, ses textes engagés constituent une des forces de Skarbone 14. Et je pense tout particulièrement à la diatribe adressée à la StarAc sur « Le producteur » ou encore à « J’entends du vent », une chanson consacrée à l’immigration, à l’intolérance et au racisme. Il y en a d’autres, mais il faut bien tendre l’oreille pour comprendre le message. Ce qui n’est pas normal. Sans quoi, on a droit à quelques bonnes surprises. Tout d’abord « Jamais deux sans toi ». Balayée par un accordéon, cette chanson qui conjugue valse et cabaret évoque quelque part Yann Tiersen et en particulier « Le fabuleux destin d’Amélie Poulain ». Bref instrumental cuivré, « Le coup classique » aurait pu servir de bande sonore à un épisode des « Aventures d’Arsène Lupin ». Quant à « Déroutes en route », il évolue aux confins du skiffle. Bref, pas de panique pour les aficionados de Skarbone 14, les références à La Mano Negra, la Ruda, Les 100 gr de Têtes ou encore Babylon Circus sont toujours bien présentes ; mais en tentant (timidement ?) l’ouverture vers d’autres styles, le groupe se réserve une certaine marge de manœuvre pour l’avenir. Reste à bosser, bosser et encore bosser pour atteindre le niveau du trio de cuivres. Et le groupe a peut-être trouvé la solution en multipliant les concerts à travers l’Europe. L’expérience est un atout irremplaçable. Et à ce prix, le succès est peut-être au bout du chemin. C’est tout le mal qu’on souhaite à cet ensemble qui compte quand même huit musiciens…
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