Sharrie Williams est probablement la chanteuse qui a le plus marqué le public blues d'Europe au cours de ces dernières années. De couleur noire, cette jeune femme est originaire de Saginaw, dans le Michigan. Elle est née dans une famille contaminée par le virus de la musique, et en particulier le jazz, le blues et le gospel. En 1997, elle fonde les Wise Guys et part en tournée. Inspirée par les plus grandes chanteuses comme Etta James, Koko Taylor, Aretha Franklin et Pattie Labelle, elle débarque en Europe dès l'année suivante et enflamme toutes celles et tout ceux qui assistent à ces récitals. Elle grave son premier album en 2004 : "Hard drivin' woman", sur le label allemand Crosscut. Mais manifestement, c'est sur les planches que cette nouvelle diva prend toute sa dimension tant elle vit et respire sa musique, une musique qualifiée de ‘Rockin' gospel blues’. Et c'est exactement le terme adéquat pour qualifier son style qu'elle nous dispense avec toute son énergie et son talent, mais aussi une fameuse dose de sensibilité, un style qu’on pourrait situer à la croisée des chemins du rock, du gospel et du blues. Elle a immortalisé un de ses sets sur nos terres, lors du Bay Car Blues Festival, à deux pas de Dunkerque (à Grande-Synthe, très exactement), en avril 2006. Elle est bien sûr entourée de ses Wise Guys. James Owens, son guitariste aux riffs flamboyant a été remplacé par Lars Kutschke, un gratteur qui avait fait une apparition sur le premier album, « Sterling Brooks ». Le batteur d’origine s’est également effacé. Il a laissé la place à Larrice Byrd. Par contre les deux derniers membres du line up sont toujours présents. C'est-à-dire le bassiste Marco Franco (le musico latino !) et le claviériste Pietro Taucher. Ce ‘live’ réunit neuf plages, dont six figuraient déjà sur l'album studio.
Le concert démarre sur les chapeaux de roues par le "Tell Mama" de Clarence Carter. Déjà un hommage rendu à Aretha Franklin. Une compo vivifiante, peuplées de rythmes et de vibrations. Une invitation à la participation collective. Sharrie prend son public à la gorge et ne desserre plus l'étreinte. ‘Move your body!’ leur lance-t-elle! Elle dialogue sans cesse avec les premiers rangs du public ! Pietro participe activement à la trame sonore. Très souvent, ses claviers mènent la danse. A l’instar de "Big fall", un pur R&B. Elle chante aussi remarquablement le blues. A l’instar de "How much can a woman take", un superbe morceau qu'elle dédicace aux ladies de l'assistance. Elle peut ici libérer toute sa puissance vocale tout en communiquant une fameuse dose d’émotion. Kutschke signe une brillante intervention à la guitare. Moins extroverti que son prédécesseur, il y injecte tout son feeling et le courant passe. Nouvelle compo, "Power" est manifestement un titre de concert. Introduit par les cordes saturées de Lars et soutenu par l'orgue Hammond, il macère dans du pur funk. Ballade douce, "I'll take you there" trahit un soupçon de colère dans la voix. Elle invite une fois de plus son public à la suivre, face à une superbe partie de Marco sur les quatre cordes de sa basse. La fin du concert est réservée à la quintessence de son album studio. Tout d’abord le boogie incandescent "Hard drivin' woman". Ensuite "I'll give you me", une chanson caractérisée par sa douceur et sa beauté teintée de désespoir. Plus de dix minutes empreintes d'intensité poignante. Miss Williams a fait appel à son amie Robin Rogers pour souffler dans un harmonica sur le boogie blues radical "Just you and me" ; et lorsque Robin donne la réplique vocale, on s'aperçoit que ce n'est pas un homme mais bien une frêle blonde, blanche de peau. Et enfin le titre final. Miss Rogers est toujours présente lors de ce "Travellin" endiablé, imprimé sur le Bo Diddley beat. Le public n'a guère le temps de se reposer ni de s'ennuyer. Une grande dame !

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