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Pilgrimage

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Le boss Thomas Ruf a eu la bonne idée d’envoyer trois jeunes artistes européens dans le sud des Etats-Unis, afin de leur permettre de retrouver l’inspiration. Et puis, bien sûr, d’enregistrer. Trois chanteurs/guitaristes. Deux anglais : Aynsley Lister et Ian Parker ; et une Finnoise : Miss Erja Lyytinen. Au programme : un pèlerinage (Pilgrimage) vers trois capitales prestigieuses du blues : la Nouvelle Orléans (en Louisiane), Clarksdale (dans le Mississippi) et Memphis (au Tennessee). Mais à cette époque, l'ouragan Katrina a malheureusement détruit une bonne partie de New Orleans ; dès lors, seules les deux autres destinations seront retenues. Ils ont donc séjourné quatre jours au Delta Recording studio de Clarksdale, sous la houlette de Jimbo Mathus (neuf plages) et les trois jours suivants dans les studios Ardent de Memphis, sous celle de Jim Gaines (4 plages). Sous-titré "Mississippi to Memphis", "Pilgrimage" en est donc le résultat.

Aynsley Lister est sans aucun doute le musicien le plus notoire. Il a déjà commis cinq albums pour le label Ruf depuis 1999, dont le dernier "Live!", est paru en 2004. Ian Parker n'a pas encore trente ans. Ce jeune diplômé en psychologie a drivé différentes formations : Strange Brew, Blue Horizon en 98, Ian Parker's Alibi en 2002 et le Ian Parker Band en 2003. Il a commis deux albums signé chez Ruf : "Thirteen tracks" et le live "Whilst the wind" en 2005. Erja est très jolie. Mais cette Finlandaise n'est pas une débutante, car elle compte trois albums à son actif : "Attention!" en 2002, "Wildflower" en 2003 et "It's a blessing" en 2005, un elpee qu’elle a concocté en compagnie de Davide Floreno. Tels des larrons en foire, Aynsley, Ian et Erja se sont partagé l'écriture des différentes plages, n’autorisant qu’une seule reprise. "Heal me love" est une ballade fort agréable. Le trio aime chanter en chœur. Une guitare se déchaîne en fin de parcours. Serait-ce celle de Ian ? Erja chante son "You don't know", une autre ballade très douce, dépouillée, face au piano de Tim Hinkley. Les voix masculines lui répondent pendant que les cordes font progressivement leur entrée. Le trio attaque la seule cover : le "You don't know" de Luther Allison. Le rythme est soutenu. Les efforts sont encore partagés. Une guitare réverbère des sonorités proches de Luther, l’autre en picking lorgne vers Albert Collins, pendant que la dernière se montre plus réservée. Blues rock séduisant, le "Too much to hide" de Ian Parker est illuminé par des cordes éclatantes. Et la voix passe bien la rampe. Nous sommes au cœur de Clarksdale, non loin du Blues Museum et pas davantage du fameux Crossroads où Robert Johnson rencontra le diable. Le climat passe au roots. Les guitares acoustiques suivent respectueusement le chant d'Aynsley sur son "Mississippi Lawnmower blues". La bande des trois a cosigné un entraînant "Blues Caravan". Balisé par un riff de basse imaginé par Steve Malcom, il vire au délire rap et hip hop! Le "Dreamland blues" d'Erja est un nouvel interlude très roots. Le trio se partage équitablement la tâche. Miss Erja y manifeste une félinité suave. Lister a composé "Twinkle Toes Willie", une plage balayée par une slide exquise. Parker est sans doute le compositeur le plus fécond, original et inspiré ; mais il n’est guère imprégné du blues. Ballade de bonne facture, mélodieuse et élégante, "Time bares witness" est hydratée par les claviers de Hinkley. L’opus recèle un morceau caché. Enfin, pas tout à fait, puisque le bonus track est annoncé comme "Jam with Mister Tater" et il me fait furieusement penser aux sonorités du British Blues Boom des 60s ; en particulier celles que cultivaient Peter Green et surtout Stan Webb. Tout d’abord dans la manière de chanter et puis de libérer de courtes phrases de la guitare. Quoique pas exceptionnelle, cette plaque tient bien la route. Cette Blues Caravan est d’ailleurs actuellement en tournée européenne ; et passera par le Banana Peel de Ruiselede le 8 mai prochain!

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