A l’instar de Muddy Waters, Johnny Dyer est né à Rolling Fork, dans le Mississippi. Sa jeunesse est bercée par le son des juke-boxes qui diffusent la musique de Waters, Howlin' Wolf, Sonny Boy Williamson, Little Walter, etc. En 1958, il se fixe définitivement en Californie. A Los Angeles, très exactement. Il y retrouve d'autres bluesmen; et notamment George Smith, Shakey Jake Harris, Pee Wee Crayton et T-Bone Walker. Début des années 90, il enregistre deux albums pour Black Top : "Listen up" et "Shake it", deux elpees pour lesquels il reçoit le concours de Rick Holmstrom à la guitare.
« Rolling Fork revisited » rend hommage à la musique de Muddy Waters ; un projet monté par l'harmoniciste Mark Hummel ainsi que Dyer. Hummel a ramené son band : les Blues Survivors. Soit Charles Wheal à la guitare, Steve Wolf à la basse et Marty Dodson à la batterie. Et puis quelques invités, parmi lesquels on remarque la présence de deux anciens membres de la bande à Waters : Paul Oscher et Francis Clay.
Il ne faut guère plus de cinq secondes pour se rendre à l'évidence : nous sommes entrés dans le monde musical de Muddy Waters. Entre les quelques notes distillées par la guitare acoustique de Paul Oscher et les phrases attendues que laisse échapper l'harmonica de Mark Hummel, la voix authentique et chaude de Johnny s’immisce dans le débat sonore. Une voix tellement proche de Waters qu’il faut se pincer pour ne pas y croire. Saisissant ! Le tempo s'élève. Bob Welsh s’agite au piano. En filigrane, on distingue nettement la guitare de Rusty Zinn égrener ses notes dans son style West Coast bien personnel. Johnny peut chanter l'esprit tranquille ce "Young fashioned ways". Son backing group est à la hauteur. Mark n’a rien perdu de sa superbe. Le gamin est tellement doué qu’il illumine tout l’opus de son talent. Dans un registre très proche de Little Walter, bien entendu. Et l’interprétation du remuant "Can't get no grinding" de Memphis Minnie en est la plus belle illustration. Dyer se montre terriblement convaincant sur les tempos plus lents, dépouillés à l'extrême. A l’instar de "Country boy", une plage aux accents dramatiques. Paul Oscher s’y réserve la slide. Dans un style proche du maître. Pour la circonstance, il se permet de doubler à l'harmonica, qu’il a pris soin de poser sur un rack. Francis Clay caresse ses balais comme à l’époque où il militait chez le Muddy Waters Band (NDR : il y a sévi 12 ans, à partir de 1957). Cette même magie teintée d’émotion envahit "Layaway plan". Soutenu par la slide perçante de Paul et l'harmo, Dyer chante comme s’il était possédé par la personnalité du mythique bluesman. Cet hommage au maître est très réussi. Parmi les autres plages, j’épinglerai encore un "Don't go no further", exécuté à la manière d'un shuffle bien nerveux. La férocité de Mark y est envoûtante. Tous les amateurs du Mississippi saxophone ne peuvent qu’applaudir sa performance réalisée tout au long de "Gone to Main street", une compo plus Little Walter que jamais, "Sugar sweet" ou encore "My dog can't bark". Bob Welsh et Rusty Zinn assurent les cordes sur "Don't know why" ; une compo au cours de laquelle Steve Wolf et Marty Dodson assurent une assise rythmique particulièrement solide, tout en manifestant un swing naturel. Zinn sort de sa réserve sur le bien notoire "Forty days and forty nights". Son solo est bien ficelé. Il monte lentement mais sûrement en puissance. Il assure également la rythmique sur le très saignant "Stuff you got to watch". Trempé dans la West Coast, "Clouds in my heart" épouse un slow blues princier, un fragment au cours duquel Marc semble hanté par l’esprit de George Smith. Excellent! Enfin, Johnny Dyer et Paul Oscher s'échangent quelques phrases d'harmonica lors de la dernière minute d’"Evan's shuffle", qui clôt cet elpee.