Al Jones vit en Allemagne depuis plus de 25 ans. Un chanteur/guitariste de couleur noire qui s'est forgé une solide réputation dans les milieux du blues, du R&B et du funk. Faut dire qu’il a tourné et tourne encore beaucoup à travers l’Europe. Il lui est ainsi déjà arrivé de partager les planches de Champion Jack Dupree, Willie Mabon, Louisiana Red ou encore Sonny Rhodes. Et compte parmi ses idoles Sonny Rollins, Jimmy Reed et Ray Charles. Il a commis une flopée d’elpees ; ses plus récents répondant aux patronymes de "Payin' our dues", "Movin' 'n' groovin", "Hot & heavy", "Watch this!" et "Sharper than a track". Pour enregistrer cet opus, il a reçu le concours de son band, au sein duquel on retrouve Thifo Kreitmeier au sax ténor, Thomas Bauser à l'orgue Hammond, Peter Kraus aux drums et Dr Will aux percussions.
Découpée en 12 fragments, cette nouvelle plaque est équitablement partagée entre compositions personnelles et reprises. Bien rythmée, une guitare ouvre "Too long". Une compo qui glisse rapidement à une relecture du registre d’Albert King. Impliquant orgue et cuivres. Robuste, alerte et convainquant, ce R&B est dominé par la guitare. Dommage que la voix d'Al ne parvienne pas à émerger de ce volume sonore produit par ses musiciens. Sa voix n’est pas assez puissante. Ce qui ne l’empêche pas de poursuivre par le funky "Got to be tough". Assez Memphis sound, très dansant, le Hammond B3 reflète une forme certaine d’enthousiasme. Constituée de Kraus aux drums, de Dr Will aux percussions et d’Al Morris à la basse, la section rythmique est solide. Les percus restent à l'avant-plan pour propulser une version surprenante du "You don't love me" de Willie Cobb, une plage quasi tribale caractérisée par une prise de son très originale du chant, des cuivres et de l'orgue. Pour la circonstance, le sax ténor de Thilo est à la fête! Toujours sous l’emprise des percussions, le "Give me all your lovin'" de Kim Wilson se mue en shuffle torride. Al y opère un excellent solo sur les cordes face à la basse métronomique de Uwe Knüppel et le Fender Rhoades (NDR : un piano électrique !) de Thomas. Mr Jones est hanté par Albert King lorsqu’il exécute le titre maître. Une plage très funky illuminée par une savante utilisation de la section rythmique. Al file enfin à Chicago pour accomplir une version très musclée et speedée du "I need you so bad" de Magic Sam. Et c’est très réussi ! Le "Nobody wanna die" de Don Nix a été traduit en slow blues fin de soirée. Indolent, le ton volontiers dramatique, il conjugue orgue chaleureux et guitare bien sentie. Instrumental, "Felusome luck" manœuvre dans un style propre (NDR : qui a dit général ?) au Al Jones Band. Al rend enfin hommage à son maître, son presque homonyme Albert King, sur "Won't be hangin' round", un autre excellent blues lent. Plus que probablement une des meilleures plages de l’opus. La cover très rapide du "Checkin' on my baby" de Sonny Boy Williamson met le feu à la scène. Les musiciens chantent en chœur. L'orgue Hammond s'emballe. Il devient même impressionnant tout au long de "Demands", un fragment qui bénéficie d’arrangements rythmiques particulièrement imposants. "Relax" achève cet elpee. L’atmosphère est étrange, exotique. Tino Kreitmeier est passé à la clarinette. L'harmonica de Fred Selichter déchire l’univers sonore. La machine R&B d’Al Jones Band est tellement bien huilée qu’elle doit faire un véritable malheur sur les planches. Plus qu’une impression, c’est une conviction…