Suede a écrit les premières lettres du renouveau de la Britpop. Avant Oasis et Blur Nous étions alors à la fin des 80’s. A l’issue de la sortie de leur premier opus éponyme, la presse est dithyrambique, n’hésitant pas à comparer la collaboration Butler/Anderson à celle de Morrissey/Marr des défunts Smiths. Malheureusement, pendant l’enregistrement de « Dog man star », Bernard Butler claque la porte. Ce qui n’empêchera pas l’opus de rencontrer un très gros succès. L’arrivée d’un nouveau guitariste, Richard Oakes, va mettre en exergue le rôle de compositeur que jouait Butler. Car les albums suivants de Suede, vont devenir de moins en moins intéressants. A un tel point qu’à l’issue de « A new morning », la formation décide de splitter. De son côté, quoique plus créative, la carrière solo de Bernard et même ses différents projets n’ont jamais rencontré qu’un succès trop confidentiel. Faut croire que les deux personnages s’étaient réconciliés depuis quelque temps (NDR : encore que par respect mutuel, ils ne se sont jamais invectivés), puisqu’ils ont décidé de remonter un nouveau groupe : The Tears. Et devinez à quoi ressemble leur premier opus, « Here come the tears » ? A Suede, pardi ! Et le fruit de leurs retrouvailles n’est pas trop mal fichu. On a même l’impression qu’ils ont repris les choses là où ils les avaient laissées 11 ans plus tôt. Il recèle bien l’un ou l’autre titre moins percutant ; mais dans l’ensemble l’elpee tient plutôt bien la route. D’autant plus que les accès de guitare bien tranchants dispensés par Bernard se lovent parfaitement dans les mélodies glamoureuses entretenues par la voix passionnée, théâtrale, de Brett et les arrangements symphoniques somptueux. Le groupe a d’ailleurs fait appel à tout un arsenal de cordes ! Les sessions d’enregistrement se sont déroulées dans le propre studio de Butler qui a bien sûr assuré la production de l’œuvre. Dans l’esprit de Phil Spector. On se rend compte aujourd’hui du résultat qu’aurait pu atteindre « Dog Man Star », s’il avait bénéficié d’une telle mise en forme. Des coups de cœur ? Le contagieux « Refugees », le tintinnabulant « Autograph », l’allègre « Lovers » et puis surtout l’hypnotique et ténébreux « Brave new century », plage dont les parties de guitare réverbèrent certains accents du mythique Creedence Clearwater Revival des débuts (NDR : pensez à « Born on the bayou » ou encore « Run through the jungle »). Et Anderson n’est pas demeuré en reste ; puisqu’il a abandonné les clichés éculés de ses derniers disques, pour élaborer des lyrics qui traitent de l’amour, de la rupture, de ses propres observations sur le déclin de la culture moderne et du stress de la vie moderne. Ainsi que de textes autobiographiques. Bref, une bonne surprise qui annonce peut-être une nouvelle collaboration fructueuse entre Brett Anderson et Bernard Butler. C’est tout le mal qu’on leur souhaite…