John Nemeth nous vient de Boise, dans l'Idaho. Aujourd'hui installé sur la West Coast, il écume les scènes internationales depuis une bonne dizaine d'années ; notamment comme chanteur du groupe de Junior Watson. En 2002, il avait commis " The Jack of hearts", en compagnie des Jacks. Et d’ici la fin de l’année, il devrait sortir un album de jazz, flanqué du Frim Fram Four.
Il entame son nouvel opus par "She belongs to me", un titre composé par Magic Sam. Musicale et modulable, sa voix impressionne par l'étendue de son registre. L'accompagnement est sobre et solide. Et le premier à opérer une sortie n’est autre que le guitariste. En l’occurrence Junior Watson. Un invité de luxe ! La version du "Ain't too old" d'Al Simmons est très nerveuse. La voix purement R&B de John sort décidemment de l'ordinaire. Elle rappelle parfois celle de l’actuel chanteur harmoniciste de Roomful of Blues. Les musiciens sont bien en place. Et notamment Andy Cortens, au piano. Nemeth sort pour la première fois son harmonica. Une intervention très efficace et sans la moindre fioriture. "Come and get it" libère beaucoup de swing et de groove. Vance Ehlers à la basse et Jimmy Mulleniux aux drums, constituent une solide section rythmique. John est un excellent instrumentiste. Il se sent comme un poisson dans l’eau. Ses échanges opérés avec Junior Watson sur "Bring it on back home" sont de véritables régals pour les oreilles. D’une pureté rare et chargée de sensibilité, la voix de Watson introduit impérialement "What have I done wrong". Une compo imprimée sur un tempo lent, proche du swing de T-Bone Walker. Le "Romance without finance" de Charlie Parker évolue dans un registre très jazz, une plage qui démontre que notre artiste est à l'aise dans des styles bien différents. Nemeth nous réserve quelques compositions personnelles qui tiennent facilement la route. "I don't think I could", tout d’abord. Un fragment emmené avec beaucoup de légèreté par harmonica. Ce qui n’empêche pas la guitare et le piano de se manifester à l'avant-plan. Le rythme est enlevé. "Don't you talk" est un des sommets de l'album. Une superbe plage aux parfums des Caraïbes. La section rythmique et le piano de Cortens assurent à merveille. John sort son harmonica chromatique. Il en joue avec douceur, légèreté et inventivité. Une technique qui me rappelle parfois le regretté William Clarke. Le boogie de Nemeth s’inspire très fort du meilleur des 50s. Excellent harmoniciste, il bénéficie du concours d’un Watson en verve. L’échange est de haute volée. Percutante, la voix respire le rythme. Elle sonne comme un instrument. Et devient même magique, très en relief, sur le plus lent "Let me hold you". Un autre sommet de l’elpee ! Pour la circonstance, Junior Watson ne tient plus en place. Il prend un plaisir évident à jouer ; et quand ce monstre sacré se sent inspiré, il nous embarque pour un fameux voyage au coeur du blues. Acharné sur ses cordes, Watson arrive à nous arracher des larmes tout au long du nonchalant et brillant "Love in vain". John puise son inspiration dans la musique de Nouvelle Orléans pour interpréter "I'm gonna drop you". Proche des envolées rythmiques de Fats Domino, le piano d'Andy se déchaîne. Nemeth reprend d'ailleurs "Yes my darlin" du même Domino. Sous une forme très originale, proche de la country. La version du "Careless love" de W.C Handy accomplit une démarche semblable. Largement inspiré par la musique des 50s et des 60s, ce superbe album s’achève par "She's gona way but, she'll be back", caractérisé par une nouvelle performance vocale et instrumentale