Johnny Dawson Winter III est âgé de soixante ans depuis le 23 février dernier. Un anniversaire qu’il n’a fêté que quelques mois plus tard. En commettant "I'm a bluesman", son premier opus depuis plus de six ans. Originaire de Beaumont au Texas, cet albinos avait fondé son premier groupe en 1962, Johnny and the Jammers. En compagnie de son frère cadet Edgar, préposé alors au piano. Au cours des années suivantes, il aligne toute une série de singles sur différents labels, plus obscurs les uns que les autres. En 67, il émigre à Houston ; et l’année suivante concocte "The progressive blues experiment", un elpee pour lequel il reçoit le concours de Tommy Shannon à la basse et d’Uncle John Turner aux drums. Signé par Columbia, il leur consacre cinq albums. Jusqu'en 1974. Il est alors considéré comme une véritable megastar. Il passe alors chez Blue Sky, un sous-label de CBS. A cette époque, il fréquente de plus en plus Muddy Waters, et rejoint d'ailleurs le MW Band en 1977. De cette rencontre naîtront quatre long playings. A l’issue de ce périple, il a quelque peu perdu de sa notoriété. Le label chicagolais Alligator tente alors de le remettre sur pied. Avec des résultats plus ou moins concluants…
Ce box set réunit quatre disques. Mais le plus intéressant est sans conteste le premier. Baptisé "Walking by myself", il immortalise un concert live enregistré en 1977, à Long Island (New York). Un set programmé dans le cadre de la tournée organisée pour assurer la promotion de l'album "Nothing but the blues". Apparemment, Johnny est accompagné par Edgar Winter au piano, Pat Ramsey à l’harmonica, Pat Rush à la guitare, I.P Sweat à la basse et Bobby Torello aux drums. Un concert exceptionnel au cours duquel Johnny est au sommet de son art. On y retrouve les superbes blues lents "Mother Earth" et "Busted in Austin", des blues rockers ("Messing with the kid", "Walking by myself") et quelques titres franchement rock qu'il avait l’habitude d’interpréter à cette époque : "Johnny be good" ainsi que les reprises d’"It's all over now" et le "Jumping Jack flash" des Rolling Stones.
Intitulée "A lone star kind of day", la deuxième plaque nous replonge dans la période qui précédait son avènement au rang de star. De nombreuses plages sont extraites de sessions issues des 60s, parfois des 70s. On y décèle déjà la future étincelle qui s’annonce. Sa manière furieuse de chanter, comme si sa vie en dépendait, est éloquente sur le morceau d’ouverture. Une version originale du "Louie louie". Pourtant, on le reconnaît à peine lorsqu'il chante "We go back quite a ways". Un blues qu’il interprète parfaitement face aux choeurs féminins. Difficile d’imaginer qu’"Ease my pain" soit de Johnny. Même si c’est un swamp blues de bonne facture. Que dire alors lorsqu’il chante "Fallin' in love" et "Shed by many tears", des chansons d’amour interprétées avec bien de la conviction. Pur country honky tonk, "A Jack Daniels kind of way" intègre même un violon. Cet opus recèle quelques moments intéressants. Et je pense tout particulièrement à l'instrumental "Ookie dookie stomp". Au curieux "Broke and lonely". On croirait presque entendre le Sir Douglas Quintet" d'un certain Doug Sham.
Intitulé "Nightrider" le troisième disque propose des prises alternatives et quelques inédits. Des enregistrements exclusivement destinés aux inconditionnels de Winter. A nouveau des témoignages d’un artiste en devenir. Evidemment, on y discerne déjà son génie musical. Qui se manifeste déjà sur le Delta blues électrique "Half a pint", un blues lent bien senti. Ou encore tout au long de "Carefool with a fool", au cours duquel la flamme est bien présente. Je retiendrai encore des versions très poignantes de "Leaving blues" et du "Kind hearted woman" de Robert Johnson. Dommage que ces bandes ne fassent l’objet d’aucun commentaire. Un travail d'archiviste aurait été bien nécessaire pour les mettre en valeur !
Le quatrième volet (NDR : "Blue to the bone") épingle une session studio de 1967. Soi-disant inédite elle est rehaussée par la présence de Calvin Loudmouth Johnson. Cette tranche de blues primaire n’a cependant rien d’inédit. De cette plaque seules les plages très roots "Lien on your body", "Alone in my bedroom" et "Take my choice" méritent une attention particulière. En fait ces quatre albums étaient déjà parus séparément sur le label américain Relix. En 1992. Et sous la forme du même coffret 4CD en 2000.