Organisé à la mi-août 1969, le Festival de Woodstock vient donc de célébrer son quarantième anniversaire. Ce n’était pas le tout premier grand festival ni celui qui a attiré le plus de monde ou qui s’est caractérisé par les meilleures performances musicales ; mais c’est manifestement celui qui est resté le plus célèbre. Pourquoi ? Une belle opération marketing traduite par la sortie des fameux coffrets compilateurs 1 et 2 ; et puis surtout celle du film, une année plus tard. Dans le cadre de sa série Legacy, le label Sony a eu l'heureuse initiative d’éditer quelques anthologies d’artistes qui se sont produits à Woodstock ; et notamment Santana, Sly and the Family Stone, Jefferson Airplane, Johnny Winter et… Janis Joplin.
Le présent coffret réunit l’intégralité de l’elpee qui allait paraître en septembre 1969, "I got dem ol' Kozmic blues again mama!", le concert livré au festival et trois plages inédites.
L'album studio marquait le changement dans le style de la girl shouter texane (NDR : elle était originaire de Port Arthur). En embrassant le funky R&B, elle pouvait enfin étaler l'extrême étendue de son registre vocal. Elle rayonne et impressionne dès "Try (Just a little bit harder)", le titre d’ouverture. Une compo qui sonne vraiment très Stax et Memphis. Mais c’est sur les plages lentes que sa voix est la plus savoureuse. A l’instar de "Maybe", au cours duquel ses intonations sont tellement subtiles et souples, qu’on a l’impression qu’elle se sert de sa voix comme d’un instrument. Miss Joplin signe "One good man", un blues lent, très profond. Sam Andrew, son guitariste, s’y révèle très en verve. En 1969, Nick Gravenites (NDR : le chanteur blanc de Chicago) militait au sein du Big Brother and the Holding Company. Il lui avait écrit deux titres : "As good as you've been to this world" et le remarquable titre lent, "Work me Lord". En 1971, il lui avait réservé le superbe "Buried alive in the blues". Elle devait l'enregistrer le lendemain de sa mort… "Kormic blues" est une extraordinaire tranche de musique.
Flash-back. Nous sommes le dimanche 17 août 1969. Au Woodstock Music & Art Fair. La partie essentielle de son répertoire est issue de ce futur elpee. Le présentateur présente Janis Joplin ; et aussitôt la musique s'emballe. Les cuivres annoncent la couleur. Janis entame son set par le "Raise your hand" d'Eddie Floyd, un R&B dévastateur. Sa voix se déchaîne. Janis venait donc de franchir le pas, en passant du psyché/blues/rock de Big Brother & the Holding Company au R&B façon Stax. C'est-à-dire dans un style plus funkysant. Et puis son show était plus participatif. "As good as you've been to this world" en est un bel exemple. Sa cover du "To love somebody" des Bee Gees est étonnante. Le tempo est lent, mais son débit de mots est fulgurant. Remarquable ! Lors de son adaptation hallucinée de "Summertime", Sam Andrew tire son épingle du jeu à la guitare, alors qu’une armée de cuivres remplit l’espace sonore. Janis est démentielle lors de son interprétation toujours aussi R&B de "Try". Le saxophoniste Snooky Flowers se réserve les vocaux sur le "Can't turn you loose" d'Otis Redding ainsi que pour "Work me Lord". Joplin est alors au sommet de son art, lorsqu’elle attaque "Kozmik blues", d’un timbre extra-terrestre. Et elle confirme cet état de grâce lorsqu’elle aborde ses succès précédents, comme "Piece of my heart" ou encore "Ball and chain", un slow blues issu de la plume de Big Mama Thornton.
Le plus étonnant procède de la qualité du son ; surtout quand on connaît les conditions détestables au cours desquelles lesquelles les artistes se sont produits, lors du festival. Janis Joplin est décédée le 4 octobre 1971, des suites de ses excès… A l’instar de Brian Jones, Jimi Hendrix ou Jim Morrison, elle est considérée comme une légende de l’histoire de la musique rock…

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