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Sjansons Patinées

Écrit par - Alice Bossut -

Le label belge Homerecords promeut généralement de bons groupes qui innovent dans un style se nourrissant de classique et de jazz (Dazibao, BASta!). Si Didier François, plutôt bien visible sur la scène belge, sort également des sentiers battus, le choix de ses collaborateurs pour ce disque ne donne pas un résultat franchement heureux.

L’aspect instrumental est assez inventif. Des plages plutôt douces alimentées par des accès de violons, violoncelles et contrebasse, ainsi que d’une nyckelharpa (une sorte de vielle suédoise qui est la spécialité de Didier François). Les mélodies calmes, indolentes, instaurent des tensions agréables. La composition est rondement menée, très riche. Mais le chant n’est pas à la hauteur ; que ce soit dans la nature forcée de certaines voix ou dans la piètre qualité des textes.

Ne pratiquant pas le néerlandais, je me contenterai de critiquer les textes en français, notamment ceux signés par Wannes Van de Velde : une poésie à l’eau de rose, évoquant les récitals français de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, notoires pour leurs lyrics poétiquement suaves. Les poncifs romantiques se succèdent : le vin, l’amour, la lune blanche, les yeux reflétant la lueur nocturne. C’est du déjà-vu et d’un romantisme périmé, collant comme un pot de miel.

Certains morceaux méritent malgré tout qu’on s’y attarde. Et tout d’abord, « Een Schip », une compo qui débute par un violon affamé. « Naar de Provence », ensuite. Une voix d’homme chante nonchalamment, à la manière d’Arno. Elle est soutenue par des violons qui font monter la tension. « Gnossienne », enfin. Un titre signé Eric Satie. Exclusivement instrumental, il baigne au sein d’une atmosphère inquiétante et nostalgique. Assurément un des meilleurs moments de l’album.

Les amateurs de comédies musicales apprécieront peut-être les autres titres. Pour ma part, je regrette la présence de ces voix sans lesquelles le disque aurait bien davantage de qualités. « Sa démarche chaloupée et provocante » (c’est le titre du dixième morceau) est notamment très réussie. Des vocalises féminines suivent le violon dans ses hauteurs pour une très belle complainte, suivie d’une lente incantation qui semble improvisée –sans paroles– évoquant le chuintement d’une eau bouillante.

Le bonus track, « The Travellers », est un morceau majestueux, uniquement instrumental. Serein, il s’étale sur de longues minutes, et laisse en fin de parcours une belle impression. Difficile pourtant de résumer ce disque, très inégal, mariant les influences pour le meilleur comme pour le pire.

 

Informations supplémentaires

  • Band Name: Didier François
  • Genre: Jazz/Classique
  • Label Prod: Home
  • Date: 2010-02-28
  • Rating: 3
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