« The Sheperd’s Dream » annonce un renouveau structurel et musical au sein de l’écurie DAAU (Die Anarchistische AbendUnterhaltung, pseudonyme complet emprunté au roman ‘Der Steppenwolf’ de Herman Hesse).
Formé en 1992 par les frères Simon et Buni Lenski, le sextet participe très tôt à l’élaboration de la scène anversoise née dans le courant des années 90 (dEUS, Zita Swoon…) Ce dernier demeurera cependant l’un des groupes les plus indépendants et expérimentaux du nord du pays (NDR : indépendance artistique qu’il garantit alors en fondant son propre label : Radical Duke Entertainment). Ces artistes se révèlent également de véritables artisans, sans cesse à la recherche d’essences nouvelles et de sonorités uniques.
Malgré un contrat signé chez Sony Classical en 1995, on peut définir DAAU comme une musique qui n’est pas. Figure apophatique de l’ineffable. Ni classique, ni rock, ni folk. Chaque album est renouveau. Tantôt « We Need New Animals » (’97) introduit des beats électro et autres sons techno hyperkinétiques, tantôt « Life Transmission » (2001) s’amuse à l’aide de sons dub et funk sur des programmes d’effets et autres passages programmés. Les excursions sonores sont nombreuses et multiples jusque « Domestic Wildlife », paru en 2006. Un album aux textures catégoriquement rock, impliquant des tonalités empruntées au jazz. Puis, un retour au calme lors de la sortie de « The Sheperd’s Dream », sorti le 12 avril 2010. Un nouveau chapitre limpide et bucolique loin des tourments affrontés lors des albums précédents.
Le sextet devient quatuor et balance des flots calmes et intimistes sans batterie ni machine électronique : Han Stubbe. Un sujet mature et acoustique que Roel Van Camp (accordéon) invite à écouter ‘allongé sur le sol, les yeux fermés’ comme la musique d’un film dont vous seriez votre propre metteur en scène. Un doux fatras de sons qui emmènerait l’auditeur dans un voyage à distance indéterminée. Le disque nous offre alors une musique plus organique sans ‘tralala’ excessif, une épure à l’atmosphère bucolique d’une expressivité évocatrice. Ainsi, le combo anversois s’écarte-t-il lentement des structures calibrées pour établir une forme claire et plus libre dans laquelle une approche minimaliste devient désormais possible : ‘Nous n’éprouvons plus le besoin de compliquer nos morceaux’ explique d’ailleurs Han Stubbe (clarinette).
Un album cinq titres d’une durée de 50’47 créé au cours de longues séances d’improvisation sans plan préconçu afin de préserver la fraîcheur inouïe de l’instant créateur. Quatre musiciens qui travaillent en manifestant un sens aigu de la subtilité et de la suggestion. « The Sheperd’s Dream» campe un album à mi-chemin entre le rêve et l’action, entre la réalité et l’utopie. Finie l’anarchie, bienvenue à la poésie !
Un disque réalisé sous leur propre label qui ne manque pas de mitonner un packaging original par la forme et le contenu. Une galette précieuse recouverte d’un boîtier en bois dans lequel il sera loisible d’insérer un Cd ‘live’ enregistré lors de chaque concert de DAAU et disponible directement après chaque représentation.
Die Anarchistische AbendUnterhaltung : un joyau du non genre.

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